Champion du monde de l’épargne et pourtant moins riche que les autres
Avec 6 500 milliards d’euros de patrimoine financier fin 2025, les Français épargnent beaucoup, mais investissent trop prudemment : trop peu d’actions, trop de placements peu rémunérateurs. Ce qui se traduit par un patrimoine inférieur à celui de leurs voisins européens du Nord.

Une allocation trop prudente qui coûte cher
Ainsi près de 340 milliards d’euros perdus en 20 ans : c’est le coût de l’allocation trop prudente des Français, selon une étude Rexecode (Centre de recherches pour l’expansion de l’économie et le développement des entreprises – Institut d’études économiques privé français), publiée en mai 2026.
Le patrimoine financier des Français se caractérise par une répartition particulièrement défensive, l’allocation se décompose ainsi : 42% en numéraire et dépôts (Livret A, LDDS, LEP, comptes courants) – 39% en obligations – 19% en actions (proportion 3 fois inférieure à celle observée aux USA (64%) et en Suède (63%) et 1,6 à 1,8 fois par rapport au Pays Bas (30%) et au Danemark (35%). Or, sur longue période, les actions offrent un rendement qui écrase celui des placements liquides : 8,2 % en moyenne par an entre 2005 et 2025, contre seulement 1,2 % pour l’épargne liquide.

Ces 340 milliards d’euros de rendements perdus sont calculés à partir d’une modélisation d’une allocation plus performante sans nécessairement prendre plus de risque, soit : 39% en numéraire et dépôts (contre 42% actuellement) – 34% en obligations (contre 39%) – 27% en actions (contre 19 %). Ce profil d’investissement qui ne représente qu’une augmentation de 8 points de pourcentage en actions, aurait permis de dégager un rendement supplémentaire de 340 milliards d’euros sur 20 ans, soit l’équivalent de 12 % du PIB français de 2024. Cette modélisation démontre que l’allocation actuelle de l’épargne française est sous-optimisée. Des enquêtes montrent que leurs choix d’investissement moins diversifiés des épargnants français s’expliqueraient davantage par des politiques publiques et fiscales historiques que par un trait psychologique d’aversion au risque.
Comment expliquer ce comportement de l’épargnant français ?
Si le rapport au risque financier est comparable aux autres pays européens, est-ce une méconnaissance des produits financiers offrant sans risque important un rendement plus rémunérateur (PEA – assurance vie 100% ETF – PER), il semblerait que le système de retraite soit un facteur déterminant.
Ainsi les pays qui affichent les patrimoines financiers les plus élevés et la plus forte exposition aux actions sont également ceux qui ont développé une dose significative de capitalisation dans leur système de retraite.

La France avec seulement 2,2% de capitalisation dans son système de retraite, se situe très loin derrière les pays nordiques qui affichent des taux compris entre 28 % et 37 %. Cette différence structurelle explique en partie l’écart de patrimoine financier observé.
Le choix d’un système gagnant pour l’épargnant et pour le pays
Les pays nordiques ont fait le choix d’un système mixte, combinant une base de répartition et une couche significative de capitalisation. L’introduction d’une dose de capitalisation présente plusieurs avantages
Un patrimoine que l’on peut transmettre : l’argent épargné vous appartient et peut être transmis à vos héritiers, contrairement aux droits à la retraite par répartition qui disparaissent au décès
Des gains plus élevés : investi en actions sur le long terme, votre capital profite de la croissance des marchés financiers (8,2 % de rendement moyen par an entre 2005 et 2025, contre 1,2 % pour les livrets)
Un soutien à l’économie réelle : les fonds de pension investissent directement dans les entreprises, finançant ainsi leur développement et l’innovation
Une meilleure résistance au vieillissement : ce système dépend moins du nombre d’actifs par rapport aux retraités, un avantage face au papy-boom
L’exemple suédois est particulièrement éloquent :
- 823 introductions en bourse entre 2016 et 2023, contre seulement 130 en France et 84 en Allemagne sur la même période
- Les fonds de pension suédois ont représenté près de 30 % des fonds levés par les fonds de capital-investissement entre 2007 et 2023, contre seulement 10 % en France.
Ce système a permis la constitution d’une épargne financière en fonds propres très conséquente qui irrigue les entreprises nationales, favorisant les introductions en bourse et le développement des entreprises (stimulation de l’investissement productif et de l’innovation, financement de la réindustrialisation et de la transition climatique).
En conclusion comme le soulignait le rapport de Rexecode : « De tels changements seraient à la fois au bénéfice des épargnants et des entreprises, tout en renforçant la souveraineté économique et l’indépendance stratégique du pays et du continent. Il y va de la modernisation de notre écosystème financier, aujourd’hui insuffisamment orienté vers le risque, et à terme sans doute de la préservation de notre modèle social. »
Référence bibliographique :
Rapport Rexecode (Document de travail N° 103 – Mai 2026) : Repenser l’allocation de l’épargne des ménages en France et en Europe : comment l’optimiser sous un prisme macroéconomique
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