Dans le cadre de la préparation d’un éventuel budget 2027, on voit sourdre, sournoisement, le problème des relations intergénérationnelles.
Comme il y a problème, il faut trouver un responsable et disposer d’une victime expiatoire. D’aucuns, ces derniers temps, se tournent assez régulièrement vers la génération dite du Baby-Boom, c’est-à-dire les Français qui sont nés principalement entre 1945 et 1965, se sont mis à travailler dans les années 60 ou 65 et sont partis à la retraite entre 1995 et actuellement jusqu’à 2032. Ne voilà pas que ces gens- là ont profité à plein des 30 glorieuses 1945-1973 et se débrouillent aujourd’hui pour ne décéder qu’à 85 ans alors qu’en 1970 la frontière était plutôt de 60 à 65 ans.
Regardons de plus près : une croissance de reconstruction et un double décalage démographique :
1. Une croissance de reconstruction
Les baby boomers ont démarré leur vie dans une Europe dévastée (pour ceux qui ne l’auraient pas en mémoire, allez revoir « le Voleur de Bicyclette de Vittorio de Sica », cela vous donnera une assez bonne idée de la vie en Italie à la sortie de la deuxième guerre mondiale.1, et surtout dans une situation qui ne demandait qu’à s’améliorer. La génération précédente, leurs parents, a retroussé ses manches et a reconstruit l’Europe. Ce qui a donné une impression de croissance formidable…
Or chacun d’entre nous, quand il se retourne pour examiner sa situation est toujours sensible avant tout à 2 paramètres : le niveau de sa situation intrinsèque à l’instant t, (accessoirement en comparaison avec celle de son voisin) puis son évolution passée. Si ces paramètres sont positifs, alors, comme disent les jeunes aujourd’hui : « tout baigne ».
La situation vécue en cette période, n’était réellement pas bonne mais son amélioration, continue, constatée ou potentielle, était tellement rapide que cela gommait toutes les autres questions. Ces mêmes baby-boomers ont commencé souvent à travailler vers 15 ans , dès les années 60 et le plus souvent avant 25 pour ceux qui faisaient des études longues et sont partis à la retraite après 35 à 42 ans de travail.
2. L’Allongement de la durée de vie
Il est curieux que nos concitoyens ne comprennent pas l’incidence de l’espérance de vie sur la durée nécessaire de temps de travail pour financer tant la période d’élevage (la jeunesse ) que la période de repos ( la retraite), toutes deux non directement productives :
L’espérance de vie à la naissance des femmes et des hommes n’a cessé d’augmenter depuis 1950, passant de 69,2 années pour les femmes et 63,4 années pour les hommes en 1950 à 84,8 années pour les femmes et 78,2 années pour les hommes en 2011. En 2026, l’espérance de vie à la naissance est désormais d’environ 85,9 ans pour les femmes et 80,4 ans pour les hommes. Elle augmente par ailleurs encore, et assez régulièrement, d’environ 0,1 année par an actuellement. Les Français ont donc gagné plus de 15 ans de vie totale en un peu moins d’un siècle.
À 65 ans, une femme peut espérer vivre encore 23,4 ans en moyenne, un homme 19,7 ans. Ce sont les données du rapport 2025 du Conseil d’Orientation des Retraites (COR). D’ici 2070, les projections estiment ces durées à 26,7 ans pour les femmes et 24,8 ans pour les hommes, soit des gains respectifs de plus de 3 et 5 ans. Une longévité en progression constante, qui pèse directement sur l’équilibre du système de retraites.
3. L’Âge de démarrage dans la vie professionnelle et le taux d’emploi
Fixé à 14 ans en 1936, il fut porté à 16 ans en 1959 (âge de fin de la scolarité) sans modification depuis. Mais l’âge réel observé est bien différent : très bas avant 1936 on considère qu’il était d’environ 20 ans en 1975 et qu’il est aujourd’hui de 22/23 ans pour les mini jobs et de 27 ans pour les emplois stables. Faute d’indication plus précise, on peut considérer que globalement l’âge d’entrée dans le travail a reculé d’au moins cinq ans sur la période.
Taux D’activité de Vie France (en années)
| ANNEE d’observation | Espérance de vie | Age de Retraite | Age actif | Durée Travail | Durée Retraite | Temps total sans activité | Taux Activ/ Total |
|---|---|---|---|---|---|---|---|
| 1945 | 65 | 65 | 20 | 45 | 0 | 20 | 0,69 |
| 1982 | 65 | 60 | 20 | 40 | 5 | 25 | 0,62 |
| 2010 | 81 | 62 | 24 | 38 | 19 | 43 | 0,47 |
| 2023 | 82 | 64 | 27 | 37 | 18 | 45 | 0,45 |
| 2026 – v1 | 83 | 60 | 27 | 33 | 23 | 50 | 0,40 |
| 2026 – v2 | 83 | 65 | 27 | 38 | 18 | 45 | 0,46 |
Nous sommes rendus à un taux d’Activité sur un total de vie inférieur à 50 % ! et le taux d’emploi de la France est parmi les plus bas d’EUROPE (voir tableau ci-après : mobilisation de la main d’œuvre en Europe).
4. La baisse des naissances et la remise en cause de la retraite par répartition

Les naissances annuelles, qui s’étaient élevées à 900 000 par an au moment du baby-boom, ont atteint un premier palier à la baisse vers 800 000 puis, après une légère remontée, ont repris une baisse, qui s’est accentuée vers 650 000 l’année dernière, soit une baisse globale de près de 30 pour cent.
Il n’y a pas besoin d’être un grand mathématicien pour comprendre que le nombre d’actifs rapportés à la population totale devrait diminuer, sauf inversion démographique rare et peu vraisemblable, au minimum dans la même proportion. De même d’ailleurs que le nombre de femmes en âge de procréer.
Subséquemment, la décroissance de la population active condamne sans appel les régimes de retraite basés sur la seule répartition, tant que la proportion d’actifs dans la population totale continue de baisser et que la charge per capita de chaque actif s’alourdit de façon structurellement croissante.
4. Les pays « raisonnables et prévoyants » ont donc introduit 2 mesures principales
- Un âge de la retraite ajustable et ajusté en fonction de l’espérance de vie, en général d’ores et déjà au dessus de 65 ans ;
- Une part de financement par capitalisation, laquelle permet, si bien investie mondialement, une meilleure valorisation dans le temps des sommes réservées au service des retraites ;
- Accessoirement, ils surveillent l’âge d’entrée dans la vie active (et cotisante) des jeunes ;
- Personne n’a vraiment trouvé (sauf les lendemains de guerre ?) comment relancer les naissances : ni la Chine après l’enfant unique, ni les pays « développés ». Il semble bien que les nouveaux actifs aient décidé collectivement de limiter leur investissement à court terme dans cette promesse future !2
La France a fini par suivre les autres pays sur ce chemin devenu commun. L’évolution de sa natalité a fini par rejoindre le comportement général.
5. Entre le temps « libre » et le travail, les Français ont choisi le temps, et, de fait, moins de pouvoir d’achat : champions toutes catégories des 35h, des 5 semaines de congés payés et des RTT.
Évolution du temps de travail en France et en Europe de 1950 à 2006 : les baby-boomers ont travaillé longtemps 2200 heures par an entre 1960 et 1982 contre 1700 à partir de 1982 et 1600 depuis 2002 !


La quantité de travail, c’est-à-dire le nombre d’heures travaillées par habitant en âge de travailler, est en France la 3ème plus basse de l’Union et il en est de même de la part de la population au travail : la France est sur le podium et ne se rattrape ni par sa productivité ni par ses innovations.
CONSÉQUENCES : DÉFICIT ET DETTES et NIVEAU DE VIE EN BERNE !
A noter que les jeunes, afin de mieux répartir la charge auraient tout intérêt à corriger le système de retraite le plus tôt possible
- une large majorité des enfants du baby-boom ont visionné ce film à l’école communale mais surtout l’ont vécu dans leur enfance. ↩︎
- A défaut de pouvoir d’achat supplémentaire, c’est par contre une non-dépense disponible ↩︎
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