Page d'accueil Regards sur l'actualitéLa tomate et le smartphone

La tomate et le smartphone

Ou comment le superflu devient essentiel et vient chasser le vital.

par Bertrand Nouel
79 vues

Dominique Schelcher, Président de Super U, estime que nous marchons sur la tête. Il s’étonne de voir le dernier smartphone proposé à 2.000 € sous les applaudissements, cependant que le consommateur s’insurge de devoir débourser « quelques centimes de plus » pour…un kilo de tomates.

Ce qui le fait réagir, c’est que personne ne se plaint de l’augmentation considérable du prix des smartphones (plus de 4 fois depuis l’origine). Sur Linkedin, cette réflexion s’attire surtout des critiques : on ne peut pas comparer le prix d’un produit de luxe que personne n’est contraint d’acheter, avec celui d’un produit d’alimentation essentiel.

Certes, mais M. Schelcher a quand même raison. Ce qui donne tout son sens à la réflexion est la statistique qu’il évoque, selon laquelle il y a 50 ans la nourriture comptait pour 38% dans les dépenses des Français, alors qu’elle ne compte plus que pour 18% maintenant. On doit ajouter le fait qu’à l’heure actuelle aussi, 96% des jeunes Français (mais seulement 70% des seniors) possèdent un smartphone (même si ce n’est pas un « pliable » vendu pour 2.000 euros).

Le smartphone n’est plus un produit de luxe, mais est devenu une dépense essentielle devenue « contrainte ». Même si ce n’est pas un modèle de haut de gamme comme le pliable, c’est un produit cher, dont surtout l’utilisation est franchement onéreuse.

Ce dont les critiques évoquées plus haut ne paraissent pas conscientes, et c’est là le danger, à savoir la multiplication des dépenses contraintes.

Rappelons, par exemple, qu’en 1962, encore Fernand Raynaud, pouvait écrire « le 22 à Asnières », sketch moquant le retard avec lequel le téléphone fixe n’était toujours pas opérationnel en France. ( « Allo New York, vous pourriez pas me passer le 22 à Asnières »!). Depuis, non seulement on a inventé le téléphone portable, mais ce dernier est devenu un smartphone avec nombre de fonctionnalités et d’abonnements coûteux. On pourrait évidemment multiplier les exemples de dépenses contraintes.

De produit de luxe, le smartphone est ainsi devenu un produit indispensable, un « must » ainsi d’ailleurs que la salle de sport ou le GPS ! Et il vient prendre la place des anciens produits vitaux, pour lesquels on n’admet plus de consacrer une part importante de ses revenus : seulement 18% pour la nourriture.

Le même raisonnement peut être tenu actuellement pour l’essence, dont le prix, malgré sa hausse spectaculaire, était relativement plus important il y a quelques dizaines d’années.

Tout se passe comme si les Français n’admettaient plus de payer leur vrai prix pour ces anciennes dépenses vitales maintenant considérées comme devant être quasiment offertes par l’État-providence, de façon à libérer les revenus nécessaires à l’achat des nouvelles dépenses contraintes que sont par exemple les smartphones.

Dans le registre de l’alimentation, on peut aussi citer les récents repas étudiants à un euro. Mais il n’existe pas de repas gratuit comme le disait Milton Friedman, et ne pas admettre d’en payer le vrai prix ne fait qu’aboutir à la malbouffe, à la ruine de l’État et à celle des producteurs français.

Voilà pourquoi M. Schelcher a raison de s’élever contre cette exigence qui voudrait que le prix des tomates n’augmente pas, malgré les catastrophes climatiques qui viennent de s’abattre sur les agriculteurs.

Laisser un commentaire

Votre adresse e-mail ne sera pas publiée. Les champs obligatoires sont indiqués avec *

Tu pourrais aussi aimer

5 commentaires

Hubin octobre 3, 2026 - 10:56 am

Parfaitement d’accord les médias devraient s’emparer du sujet; les migrants ont un portable ! Mais pas de quoi se nourrir

Répondre
CANEPARO BRUNO octobre 3, 2026 - 6:21 pm

Ce monsieur sait très bien qu’il augmentera le prix des tomates si elles deviennent rares. Ils cherchent à faire de la publicité pour sa marque. Les smartphones à 2000 euros ont des fonctionnalités et des écrans qui n’ont rien à voir avec des smartphones à 150 euros. Mais à 150 euros vous avez les fonctionnalités nécessaires aux besoins minimaux actuels comme les virements bancaires et le téléphone.

Répondre
M Hervé LAFFORGUE octobre 4, 2026 - 12:48 am

Outre le fait qu’il y a en plus le coût de l’abonnement et que tout cela est à multiplier par le nombre de personnes dans le foyer (un smartphone parfois dès l’âge de 12 ans) auquel bien sûr va se rajouter l’abonnement à des applications (IA version payante- Netflix – Deezer – Spotify) et des chaînes TV (Canal + – Dysney – Amazon…/)
De plus si l’on considère la multiplication des objets connectés : montre – lunettes, qui parfois proposent des fonctions similaires, la facture s’alourdit encore en investissement numérique
L’enquête annuelle du cabinet de conseil BearingPoint Submix 2026 sur les abonnements payants à des contenus média numériques rapporte que les ménages consacrent en moyenne 41€ par mois à ces abonnements, soit 8€ de moins qu’en 2025 (49€).

Répondre
Boulot octobre 5, 2026 - 8:35 pm

Un repas à la maison coûte pas moins de 10€, au resto U l’étudiant paye 1€, et c’est le contribuable qui paye la différence. Est-ce que c’est ce que nous voulons nous le peuple ?

Répondre
Eplf IRDEME octobre 5, 2026 - 9:26 pm

à la question « coût minimal d’un repas complet à la maison? » Gemini de google répond : entre 1,5 et 3 € en s’organisant. Mais au resto U ya du matériel et du personnel. 8 € serait le coût moyen d’un repas. L’anomalie pour certains concerne l’inégalité avec les jeunes non étudiants.

Répondre

Laissez un commentaire

Ce site Web utilise des cookies pour améliorer votre expérience. Nous supposerons que vous êtes d’accord avec cela, mais vous pouvez vous désinscrire si vous le souhaitez. Accepter En savoir plus

Privacy & Cookies Policy