Compte tenu de sa situation économique et financière, la France n’a d’autre choix que de reprendre la maîtrise de ses dépenses publiques. Pour cela, elle peut s’inspirer des pays qui ont traversé la même épreuve et des programmes de réformes qui ont été mis en œuvre, obligés ou volontaires, pour faire baisser l’endettement et relancer l’économie.
Historique Suédois : en 1990 la situation est catastrophique (dépenses publiques 61% PIB – prélèvements obligatoires 57% PIB – déficit budgétaire 7% PIB en 1995). Le rapport commandé à l’économiste Lindbeck va être le démarrage d’une stratégie radicale prônant le rééquilibrage du budget par la maîtrise des dépenses publiques afin de pouvoir préserver le modèle social suédois. Cette crise s’est inscrite dans un contexte de dérapage prix-salaires tout au long des années 1970 et 1980, corrigé par des dévaluations régulières. La dérégulation du crédit au cours des années 1980, mal maîtrisée, a conduit à un emballement du crédit et à une surchauffe. Déclenchée par le relèvement des taux d’intérêt au tournant des années 1990, la crise a d’abord été immobilière et bancaire, puis économique et monétaire. Face à cette crise, les autorités suédoises ont agi sur deux fronts. Outre un traitement immédiat de la crise bancaire et un pilotage macroéconomique destiné à restaurer les grands équilibres, la Suède a engagé un vaste ensemble de réformes structurelles couvrant la gouvernance des finances publiques, la libéralisation de l’économie, la réforme de l’État-providence (retraites en particulier), mais aussi la réorientation du pays vers un modèle de croissance davantage assis sur les exportations.
| Types de mesures | Mesures détaillées | Commentaires |
|---|---|---|
| Économies directes | Suppression 70 000 postes dans fonction publique (- 4%) Réduction des investissements et coûts de production des services publics Age de la retraite porté à 65 ans – La réforme des retraites de 1995 avec l’introduction de fonds de pension privés Économie sur la politique de l’emploi (3 à 1,5 pts de PIB) Réduction du poids des prestations sociales (de 27 à 19 points de PIB) Règle d’or budgétaire : le budget doit présenter un excédent de 2% du PIBL’encadrement du budget à partir de 1997 — toute nouvelle dépense devait être couverte d’une nouvelle recette équivalente | Le budget suédois est passé d’un solde de -11 % du PIB en 1993 à +1 % en 1998. Le programme suédois de 1995 prévoyait une augmentation des prélèvements de 36 milliards de couronnes et une baisse des dépenses de 26 milliards. Sur une période plus longue la part des deux composantes serait plutôt équilibrée. L’approche s’écartait du consensus des économistes qui préconisent de redresser les budgets essentiellement par des coupes dans les dépenses, de façon à rassurer les agents économiques. Cette stratégie s’avéra gagnante parce qu’elle fut associée à un train de réformes. |
| Privatisation / libéralisation | Dérégulation des taxis, transport aérien intérieur, ferroviaire (fret puis passager) Ouverture à la concurrence maisons de retraites et garderies gérées par les communes Libéralisation postes et télécommunications Mise en concurrence écoles publiques avec le privé | Les ouvertures au marché ont permis une baisse de 1’ points du ratio de dépenses pour l’État |
| Décentralisation | Réforme de l’éducation avec fin de la carte scolaire, délégation aux communes de l’enseignement Délégation aux communes des agences pour l’emploi Délégation aux comtés des hôpitaux publics | Liberté d’installation des médecins |
| Relance | Pour les chômeurs de longue durée après 2 ans d’inactivité programme de réinsertion géré par les communes correspondant aux besoins industriels Emploi des jeunes : boosté par de nombreux parcours de formation professionnelle Renforcement du conditionnement de l’accès aux allocations chômage et aux indemnités maladie Renégociation avec les syndicats des contours de l’État providence | Au lieu de passer par un régime d’assistance publique En Suède les décisions furent largement bipartisanes, grâce à un consensus étendu. |
| Monétaires | Bref alignement de la couronne suédoise sur l’ECU Puis politique monétaire restrictive d’appréciation du taux de change de la couronne suédoise | Actuellement toujours couronne suédoise = 0,092 € |
| Fiscalité | Bien que les recettes augmentent pour financer le système social le redressement des comptes passe d’abord par la réduction des dépenses avant l’augmentation des recettes Suppression des droits de successions | Ils ont pu maintenir un congé parental pour lequel ils avaient été pionniers |
Si l’expérience suédoise n’est pas totalement reproductible (dépréciation de la couronne suédoise initiale – essor du commerce international à l’époque) par contre, mais elle peut servir d’inspiration sur la méthode avec notamment :
- Une consolidation budgétaire rapidement engagée et amplifiée une fois la reprise amorcée
- Une stratégie de réformes vastes assurant l’évolution durable du modèle de croissance
- Un travail en profondeur de concertation et d’appropriation des réformes
Bibliographie :
- Document IRES (2023) – Annie Jolivet : https://ires.fr/wp-content/uploads/2023/01/C148-9.pdf
- IFRAP (2024) : redresser nos finances publiques l’exemple de 6 pays européens
https://ires.fr/wp-content/uploads/2023/01/C148-9.pdf - Trésor-Eco N° 105 septembre 2012 : Quelles leçons tirer aujourd’hui de la crise des années 1990 en Suède ?
https://www.tresor.economie.gouv.fr/Articles/0f9001f5-0599-4574-89cf-5f5fb3e10d9f/files/3dccd55e-2629-4b6b-bcea-9b6b394995bd
Documents annexes
Principaux indicateurs économiques de la Suède ces 4 dernières années

Eléments de comparaison France vs Suède
Dette publique en % du PIB


Solde public en % du PIB


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