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Redressement Economique du PORTUGAL c’est Possible!  

par François Henimann
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Redressement Economique du PORTUGAL c'est Possible !

Portugal : 10, 6 millions d’habitants, PIB 290 Md€, soit environ 1/6 de la France pour comparaisons  

Historique :

Le Portugal, après la révolution des Œillets en 1974 (qui a mis fin à la dictature Salazar), est entré dans l’Union européenne le 1er janvier 1986, et a connu une période de forte croissance économique dans les années 1990, avec des taux de croissance supérieurs à la moyenne de l’UE.

Après son entrée dans la zone Euro dès l’origine (monnaie scripturale en 1999, billets et pièces en 2002), le processus de croissance s’est interrompu, avec une diminution de la demande intérieure, et le Portugal s’est retrouvé en très mauvaise posture lors de la crise de la zone Euro : 10 % de déficit budgétaire et dette de 100 % du PIB en 2010.

Le redressement du Portugal s’est appuyé sur 3 leviers :

  • Une austérité très sévère sur la période 2011 – 2014
  • Une stratégie d’attractivité économique et d’ouverture aux capitaux étrangers
  • Une discipline budgétaire durable

Austérité très sévère sur la période 2011 – 2014

Le Portugal doit accepter en 2011 un plan de sauvetage de 78 Md€ sur 3 ans sous le pilotage de la « troïka » (BCE, FMI et Commission UE).

Les mesures prises en contrepartie de ce sauvetage sont les suivantes :

  • Réduction du nombre de fonctionnaires par gel des embauches : de 690.000 en 2010 à 645.000 en 2014.
  • Baisse des salaires publics jusqu’à -30 %
  • Stagnation du SMIC (566 € brut sur 14 mois)
  • Report de l’âge de la retraite de 65 à 66 ans en 2014, et mise en place d’un mécanisme d’ajustement automatique de l’âge légal en fonction de l’espérance de vie à 65 ans : 66 ans 9 mois en 2026, perspective 68 ans en 2030.
  • Hausse de la TVA de 21 à 23 % (toujours en vigueur)
  • Fin de l’encadrement des loyers
  • Privatisations à grande échelle
  • Flexibilisation du marché du travail

Principales privatisations dans le cadre du plan de sauvetage : services publics avec des chinois actionnaires de référence dans l’électricité et les réseaux.

  • EDP (Électricité du Portugal) pour 2,7 Md€ : privatisation partielle à partir de 1997, en 2012 l’État perd le contrôle en vendant un bloc stratégique de 22 % à China Three Gorges (GTG). Aujourd’hui EDP est totalement privatisée, GTG toujours actionnaire de référence à 22 % après avoir tenté une OPA en 2018.
  • REN (Réseau national gaz et électricité)  pour 600 M€ : State Grid of China pour 25 %, puis Oman Oil pour 15 %. Aujourd’hui REN est totalement privatisée, l’État chinois est toujours l’actionnaire de référence avec 25 %, des investisseurs ibériques ont remplacé Oman Oil, constituant un noyau de 23 %.
  • Portugal Telecom, vendu à Altice (SFR) pour 7,4 Md€
  • Poste (CTT) : privatisation totale sur le marché pour 900 M€
  • Aeroportos de Portugal, vendu à Vinci pour 3,1 Md€

Résultat : le déficit public est revenu sous 3 % du PIB dès 2017, la dette est passée par un maximum de 132 % en 2014 avant de refluer. Socialement, augmentation de la précarité, le taux de chômage est passé de 8 % en 2008 à 18 % en 2013.

Une stratégie d’attractivité économique et d’ouverture aux capitaux étrangers

  • Golden Visa : obtention d’un permis de résidence pour les étrangers en contrepartie d’investissements (immobilier, industrie, recherche) : 15 % de la population est étrangère avec permis de séjour, le flux d’IDE (hors privatisations) est passé de 2,5 à 4 Md€ par an.
  • Fiscalité avantageuse pour retraités étrangers.
  • Développement massif du tourisme, qui atteint 20 % du PIB en 2024.

Cette stratégie a soutenu la croissance, repassée au-dessus de la moyenne UE à partir de 2017 (hors COVID), mais au prix d’une augmentation de 124 % du prix des logements en 10 ans, avec une crise d’accessibilité pour les ménages portugais.

Cette stratégie a permis le « miracle économique portugais » de 2017 à 2019, interrompu par le COVID 19 (PIB -8,3 %), avec un PIB / habitant atteignant 85 % de la moyenne de l’UE 

Depuis, le Portugal utilise de façon efficace les fonds UE post Covid : le PNRR (Plan National de Relance et de Résilience) portugais représente 22,2 Md€ avec 174 opérations d’investissements identifiées (numérique, décarbonation) et un impact positif sur le PIB.

Une discipline budgétaire durable

Le Portugal est en excédent budgétaire depuis 2019 (hors Covid en 2000, – 5,8 %) : +1,2 % en 2023, +0,7 % en 2024, +0,3 % en 2025, prévision +0,1 % en 2026.

La dette publique, après un pic à 132 % du PIB en 2014, est revenue à 93 % en 2025, avec une prévision de 88 % en 2026 : le Portugal emprunte désormais à un taux plus faible que la France (spread de 0,4 % sur l’OAT à 10 ans).

Le budget 2026 prévoit une diminution de l’impôt sur les sociétés (de 21 à 20 %), une revalorisation du salaire minimum à 920 € (sur 14 mois) et des pensions modestes, ainsi qu’un allègement de l’impôt sur le revenu.

Le taux de chômage est revenu à 6,4 % en 2025, et la croissance économique est de l’ordre de 2 % (avant effets de la guerre au Moyen Orient).

Limites et fragilités

  • Crise du logement (pénurie durable, en particulier dans les grandes villes Lisbonne et Porto) et tensions sociales (mais pas de manifestations monstres, la politique suivie ayant résisté aux alternances politiques).
  • Exode des jeunes diplômés (bas salaires), 1/3 des portugais de 15 à 39 ans sont expatriés, et MO locale peu qualifiée.
  • Dépendance au tourisme et aux capitaux étrangers, dont une prise de contrôle chinoise dans le domaine de l’électricité.
  • La productivité stagne.
  • Le problème démographique s’aggrave.

La politique suivie par le Portugal a été maintenue dans la durée par des gouvernements de centre droit et de gauche :

  • 2009 – 2011 (crise) : Parti Socialiste (José Socrates)
  • 2011-2015 (plan de redressement) : coalition de centre droit PPD/PSD (Pedro Passos Coelho)
  • 2015 – 2024 : 3 gouvernements PS (Antonio Costa)
  • Depuis 2024 : PPD/PSD (Luis Montenegro)

Mais les tensions sociales et la crise du logement, ainsi que l’influence étrangère ont provoqué une montée de l’extrême droite (Chega), désormais 2ème force politique du pays

En conclusion : la croissance durable et la justice sociale doivent avancer de concert.

Bibliographie :

Note du Trésor public sur la situation économique du Portugal :  dd605e7e-ec3d-4aa9-855f-c1568d09b0bd

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