Page d'accueil Études et analysesTravailler plus tôt ou plus longtemps ? Des leviers majeurs

Travailler plus tôt ou plus longtemps ? Des leviers majeurs

par Hervé LAFFORGUE
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Résumé : Quels seraient les gains financiers d’une génération de jeunes (15-24 ans, environ 360 000 personnes) entrant un an plus tôt sur le marché du travail, et d’une génération de seniors (60-64 ans), environ 392 000, y restant un an de plus. Pour les jeunes, cela ferait +0,35 % sur le PIB et approximativement 9 Md€ de diminution du déficit. Pour les seniors, +1,1 % de PIB et 11 Md€ nets de diminution du déficit. Calculs détaillés ci-après, (auteur aidé par Gemini). 

Lors de la publication récente de 2 articles sur l’emploi des jeunes et des séniors en France nous avions mis en évidence :

  • Le taux d’emploi des 15 à 24 ans en France est de 35% en 2025 mais sans combler le décalage avec les pays les plus performants, 8° rang européen mais cependant avec un écart important avec les pays de rang supérieur : Pays Bas (75%), Danemark (60%), Allemagne (52%).
  • Le taux d’emploi des 60 à 64 ans s’établit en 2025 en France à (45% Hommes – 43% Femmes), il correspond à des âges effectifs de sortir du marché du travail de respectivement 61,9 ans et 62,4 ans

Si nous réussissions simplement d’avoir une génération de jeunes (15-24 ans) qui entre 1 an plus tôt et une génération de séniors (60-64 ans) qui reste 1 an de plus sur le marché de l’emploi, cela générerait des gains substantiels en matière de production de richesse (augmentation du PIB), recettes supplémentaires et diminution des dépenses pour l’Etat.

1/ Entrée plus précoce des jeunes de 15 à 24 ans sur le marché du travail

L’enjeu pour le PIB (Production de richesse)
La classe d’âge des 15-24 ans compte environ 8 millions de personnes, soit des cohortes annuelles d’environ 800 000 jeunes. Faire entrer une cohorte un an plus tôt équivaut à injecter 800 000 actifs sur le marché.

  • L’hypothèse d’absorption : Le taux d’emploi actuel des 15-24 ans avoisine les 35 %. En supposant que le marché du travail absorbe ces jeunes avec un taux d’emploi réaliste de 45 % (notamment via des contrats courts ou de l’apprentissage rémunéré), environ 360 000 jeunes trouveraient un emploi immédiat.
  • La création de valeur : En évaluant prudemment la contribution d’un jeune actif débutant (généralement moins qualifié en début de parcours) le salaire annuel super brut moyen (coût total chargé) en équivalent temps plein (donc en supposant que le jeune travaille 100% du temps toute l’année) est dans une fourchette de 26800 € à 31000 € ce qui correspond à une augmentation du PIB de 9,65 Mds € à 11,16 Mds € (soit avec un PIB à 3000 Mds € : 0,32% à 0,37%)

L’enjeu pour les Finances Publiques (Recettes et Dépenses)
L’effet sur les comptes publics est un « double dividende » : une hausse des recettes fiscales couplée à une baisse des coûts de l’enseignement.

  • Les recettes (+4,34 Mds € = 9,65 x 0,45 à 5,02 Mds € = 11,16 x 0,45) : En France, les prélèvements obligatoires globaux (impôts, taxes, cotisations) capturent environ 45 % de la richesse produite. Les salaires versés et la consommation de ces nouveaux actifs renflouent immédiatement les caisses de l’État et de la Sécurité sociale à hauteur de 4,343 à 5,02 Mds €
  • Les économies budgétaires (+4,32 Md€ = 360000 x 12K€) : un étudiant coûte en moyenne 12 000 € par an à l’État. L’État économise instantanément 4,32 milliards d’euros en frais de scolarité, infrastructures universitaires et bourses d’études.

Nous arrivons donc à un bilan comptable consolidé de : + 8,66 Mds € à + 9,34 Mds €
De plus un apport d’une année de cotisations supplémentaires par individu au début de la vie active permet de consolider l’équilibre financier des systèmes par répartition en augmentant le ratio actifs/retraités

2/ Le maintien d’une génération complète de seniors (60-64 ans) pendant une année supplémentaire sur le marché de l’emploi.

L’enjeu pour le PIB (production de richesse)
Une cohorte annuelle de seniors (personnes âgées de 60 à 64 ans) représente environ 800 000 individus en France.

  • Le taux d’emploi des seniors : le taux d’emploi des 60-64 ans en France se situe autour de 44,4 %. Prolonger tout le monde d’un an ne signifie pas créer 800 000 emplois, mais maintenir ceux qui travaillent déjà et inciter une partie des autres à rester ou à revenir sur le marché : Maintien des actifs en poste = 800 000 x 0,44 soit 352000. Il y a aussi un effet d’entraînement (hausse de la participation) on estime qu’un report d’un an de l’âge de départ rehausse mécaniquement le taux d’activité des seniors d’environ 4 à 5 points à terme (soit environ 40 000 personnes additionnelles).
    Nous avons donc un total des travailleurs équivalent temps plein préservés ou créés de 392 000
  • La création de valeur : en France, le PIB par habitant employé est d’environ 85 000 € à 90 000 € par an. Les seniors (60-64 ans) en poste ayant souvent des salaires plus élevés que la moyenne en fin de carrière, leur contribution à la valeur ajoutée est légèrement supérieure. Ce qui correspond à une augmentation du PIB de 392 000 x 85 K€ ou 90 K€ soit 33,3 à 35,3 Mds € soit 1,1% à 1,2% du PIB (hypothèse PIB : 3000 Mds €)

L’enjeu pour les Finances Publiques : Le double effet des retraites
Le soulagement direct du système de retraite : Repousser l’âge de départ d’un an permet d’économiser le versement d’une année de pension et l’entrée dans les caisses de l’Etat de recettes fiscales et sociales supplémentaires

  • Les économies de dépenses (Les pensions non versées)
    Si 392000 personnes retardent leur départ d’un an, les caisses de retraite n’ont pas à leur verser de pension pendant 12 mois.
    La pension moyenne nette d’un nouveau retraité du secteur privé/public est d’environ 1 600 € par mois, soit environ 19 200 € par an.
    Calcul de l’économie de retraite directe : 19200 x 392000 = 7,52 Mds €
  • Les recettes fiscales et sociales supplémentaires
    Si on considère que les 392000 sont en équivalent temps plein. Le salaire moyen des seniors est estimé à environ 3 200 € bruts par mois (38 400 € par an).
    Masse salariale concernée : 392000 x 38400 = 15,05 Mds €
    Cotisations sociales (part patronale + salariale ~ 45%) : 15,05 x 0,45 = 6,77 Mds €
    Impôt sur le revenu, CSG et TVA (taux de prélèvement effectif de l’État d’environ 15% sur la valeur créée) soit 15,05 x 0,15 = 2,26 Mds €
    Soit un total des recettes brutes générées : 6,77 + 2,26 = 9,03 Mds €

    Le gain brut est donc de : 7,52 (pensions) + 9,03 (recettes) = 16,55 Mds €
  • La déduction des coûts de transition
    Dans les modèles macroéconomiques on soustrait les dépenses d’indemnisation de la zone grise (ceux qui ne travaillent pas mais ne sont pas encore à la retraite) : Sur les 800 000 personnes de la génération, environ 55 % ne travaillent pas (chômage, invalidité, maladie, RSA). En restant un an de plus dans le système avant la retraite, ils coûtent un an de plus aux autres caisses de solidarité (Assurance Chômage, CAF, Sécurité Sociale).

Coût moyen des allocations de solidarité : Estimé à environ 13 000 € par an et par personne dans cette tranche d’âge.

Calcul du coût induit : 800 000 x 0,55 x 13000 = 5,72 Mds €
Le gain net total est donc de 16,55 – 5,72 = 10,83 Mds €

Si nous résumons

PopulationGain PIBRecettes supplémentaires
pour l’Etat
Economies budgétaires
Génération 15-24 ans
entrant 1 an plus tôt sur
le marché de l’emploi
9,65 – 11,16 Mds €
(0,32% – 0,37% PIB)
(Impôts – taxes – cotisations)
4,34 – 5,02 Mds €
(Dépenses scolarité)
4,32 Mds €
Génération 60-64 ans
maintien 1 an de plus en
emploi
33,3 – 35,3 Mds €
(1,1% – 1,2% PIB)
(Impôts – taxes – cotisations)
9,03 Mds €
(Pensions non versées)
7,52 Mds €
PIB 2025 :
3000 Mds €
Pour les séniors en déduisant les allocations de solidarité
(5,72 Mds €) le gain net total est en fait de 10,83 Mds €

Bien qu’il s’agisse d’une estimation grossière, avec des hypothèses qui peuvent être challengées, cela donne quand même une idée de l’ampleur des enjeux financiers en faisant bouger le curseur d’à peine une année de l’entrée en emploi des 15/24 ans et du maintien en emploi des 60/64 ans. Cela n’est pas irréalisable puisque des pays européens ont déjà relevé ce challenge d’avoir des jeunes plus tôt en emploi et des séniors maintenus plus longtemps en activité. La réduction de la dette et la maîtrise de nos dépenses publiques qui passent par moins de dépenses, plus de création de richesses, et le retour à l’équilibre de nos système de retraite ne pourront s’accomplir qu’avec entre autre des initiatives telles que détaillées dans notre démonstration.

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