Notre économie est à bout de souffle : elle est déprimée, apathique, avec un taux de croissance très faible, des dépenses publiques considérables, des prélèvements obligatoires bien plus élevés que partout ailleurs, et une dette publique qui ne cesse d’augmenter.
En utilisant une expression populaire bien connue on dirait « Elle est au fond du trou ». Il est vital, pour la redresser, que l’on ne se méprenne surtout pas sur les mesures à prendre pour remonter la pente. Et il n’est rien de mieux, pour cela, que de s’en référer aux pays qui, en Europe, sont les mieux gérés, en prenant pour critère de bonne gestion une donnée toute simple : la dette par habitant des pays européens. On a les chiffres suivants :
| Europe : dette par habitant en 2025 (En euros) |
|---|
| Suisse ………16.373 |
| Suède ………17.102 |
| Danemark … 19.003 |
| Pays-Bas…… 28777 |
| Grèce ……….35004 |
| France …… 50.444 |
| Italie………..52.393 |
Dans ce classement, deux pays sont en queue de peloton : la France et l’Italie ; et en se conformant à ce critère ces pays doivent être considérés comme les deux pays les plus mal gérés sur tout notre continent ! On se souvient que les pays du nord avaient d’ailleurs trouvé un qualificatif pour les dénigrer : « Les pays du Club-Med ».
Il est donc intéressant de comparer les critères économiques des pays les plus performants (que nous appellerons ici des « pays phares ») avec les nôtres.
1-Les taux de population active, en France :
On entend par « population active » les personnes qui dans un pays sont au travail, et le BIT y rajoute les chômeurs qui sont en recherche active d’emploi. Et l’on a ainsi les chiffres suivants :
| Population active (En % de la population totale) |
|---|
| Pays phares (moyenne)… 54,5 % |
| France ………………………46,7 % |
L’écart, par rapport aux pays bien gérés, est considérable. La Banque Mondiale indique que nous avons 31,8 millions « d’actifs » alors qu’il en faudrait 37 millions : il nous manque donc 5,2 millions de personnes au travail (et donc d’emplois).
Et à ces données, qui sont structurelles, se rajoutent des variations conjoncturelles : actuellement, nous avons 2,7 millions de « chômeurs » du fait d’une mauvaise conjoncture internationale, ce qui fait que notre pays aurait près de 8 millions d’emplois à créer pour se trouver aux normes européennes !
Et l’on se demande donc où se situent toutes ces personnes structurellement inactives ? Il faut examiner alors les taux d’activité selon les tranches d’âges, les statistiques nous donnant les taux pour les jeunes ainsi que pour les seniors :
| Jeunes (15-24 ans) | Seniors ( 55-64 ans) |
|---|---|
| Pays phares…… 67,1 % | Pays phares…… 74,6 % |
| France…….……42,0 % | France…………..55,9 % |
Compte tenu des effectifs actuels de jeunes et de seniors, on en déduit qu’il nous manque, structurellement, 2 millions de jeunes au travail ainsi que 1,6 million de seniors. Le reste, c’est-à-dire 1,6 million de personnes, se trouve dans les effectifs de chômeurs inscrits à cet organisme qui s’appelle « France-Travail » (l’ancien « Pôle Emploi »), une structure étatique qui est censée s’activer pour les aider à trouver du travail.
2-La durée de vie active, en France
Autre facteur structurel anormal : la durée de vie active en France. Il s’agit, ici, du nombre d’années pendant lesquelles les personnes ayant un emploi sont au travail, c’est-à-dire la durée de la vie active des personnes.
| Durée de la vie active |
|---|
| Pays phares ……………42,7 ans |
| France …………………36,8 ans |
Les personnes ont en France une durée de vie active beaucoup plus brève que dans les autres pays européens, et l’on sait combien les combats menés pour augmenter l’âge de départ à la retraite agitent la société dans notre pays. En Suisse, l’âge de départ à la retraite est fixé à 65 ans, et il est de 67 ans aux Pays-Bas et au Danemark : nous en sommes actuellement à un peu plus de 62 ans !
3- Le taux d’industrialisation du pays
L’industrie moderne est l’élément moteur fondamental de la croissance et de la richesse d’une société. Nous nous fierons, ici, aux données de la BIRD, qui incorpore le secteur de la construction dans sa définition de l’industrie, et nous avons alors les chiffres suivants :
| Industrie (En % du PIB) |
|---|
| Suisse ……….. 25,0 |
| Suède …,………21,0 |
| Danemark …….24,8 |
| Pays-Bas …..… 17,7 |
| (Moyenne……… 22,1) |
| France ……………16,8 |
Comme on le voit, la France est très en dessous de la moyenne : elle est, aujourd’hui, avec la Grèce, le pays le plus désindustrialisé d’Europe. Et cette grave désindustrialisation de la France est due au manque de compétitivité des entreprises, phénomène ancien qui remonte à la révolution de 1789 que les historiens appellent « La Grande Révolution ». Depuis 1789 on ne cesse pas de s’en prendre, en France, par souci d’égalité, à ce que les classes populaires appellent « les riches », et comme on le sait ce débat est toujours d’actualité. Le manque de compétitivité est aggravé par toutes les taxes et cotisations dont on les surcharge pour faire de la redistribution vers les non-actifs, non productifs, 10 % plus nombreux en France.
4- Les dépenses de R&D ,en France :
La France est un pays qui a un taux de dépenses, en matière de Recherche-Développement, anormalement bas. Nous avons les chiffres suivants :
| Dépenses de R&D (En % du PIB) |
|---|
| Pays phares…………….3,0 |
| France………………… 2,2 |
Ainsi doit-on considérer qu’il a manqué, en 2025 par exemple, 24 milliards d’euros à nos chercheurs pour financer leurs travaux. (Cette faiblesse est directement liée à la faiblesse des marges et à la faiblesse de l’industrie, qui fait plus de R&D que le tourisme ou les services). Et encore, les dépenses de R&D des pays phares ne sont-elles pas parmi les plus élevées du monde : Israël, par exemple, en est à un taux de 6 % du PIB !
En s’en rapportant aux données des pays phares, nous voyons donc qu’il nous manque environ 130.000 chercheurs. Cette insuffisance des dépenses de R&D est préoccupante, car elle obère l’avenir. Notre récent prix Nobel d’économie ne cesse de nous dire que « l’innovation et les dépenses de recherche-développement sont les véritables moteurs de la croissance à long terme d’un pays ». Il serait sage de l’écouter.
Avec ces différents éclairages fournis par une comparaison de nos paramètres économiques avec ceux des pays les mieux gérés en Europe, il apparaît immédiatement quelles sont les voies de redressement de notre économie :
- Il nous manque, structurellement, 5,2 millions d’emplois ;
- Il nous faut d’urgence reconstituer notre secteur industriel ;
- Il faut augmenter fortement nos budgets de R&D (et mieux payer nos chercheurs) ;
Il y a évidemment bien d’autres mesures à prendre, notamment dans le domaine de l’éducation, les derniers résultats des enquêtes PISA constituant une véritable sonnette d’alarme. Notre pays ne cesse de régresser dans les classements mondiaux qui rangent les pays par importance décroissante des PIB/capita : nous étions en 7e position en Europe, en 1980, et nous sommes passés maintenant au 14e rang.
Et nos dirigeants se montrant incapables de réduire nos dépenses de consommation importée, nous nous trouvons sous la menace d’une intervention du FMI : il est en effet impossible que notre dette continue à croître régulièrement, d’année en année, comme elle le fait actuellement !
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