Sarah Knafo est aussi pétulante dans son livre « le casse du siècle » que dans ses interviews télévisées. Elle ne mâche pas ses mots. Ses cibles sont les politiciens responsables du déclin de la France depuis 40 ans. Ce sont aussi ses camarades de l’ENA, formés en priorité à la « légistique », la rédaction de lois, décrets, circulaires, jugements, et à l’invention de normes.
Cette formation les pousse à entraver le développement du secteur privé et donc celui de la France. Bref le responsable est le « système ».
Ce livre bien écrit est facile à lire. Il mérite son succès médiatique et littéraire. Sa lecture est recommandable.
Sarah Knafo part d’une feuille de paie « simplifiée », incluant les cotisations sociales patronales. Le salaire net y est environ la moitié du coût pour l’employeur. Elle suit pas à pas cette moitié du coût prise par le « système » et montre qu’elle est en grande partie gaspillée par une « bureaucratie proliférante » (la « machine administrative »), une « dépense publique hors de contrôle », des « élus clientélistes », une « inflation de normes ».
Pour y remédier, elle propose 15 « résolutions » à soumettre à un référendum.
Ces « résolutions » sont assez longuement exposées. Résumons-les.
- Sur la santé, elle rend la direction de l’hôpital aux médecins, comme cela a été fait à Valenciennes, et supprime les ARS (1 Md/an).
- Sur l’école, elle remplace dans le périscolaire les associations par des enseignants, reprend les classes de niveau, les sanctions, les examens et fait grandir l’école libre.
- Pour la sécurité, elle supprime le juge d’application des peines, expulse les étrangers emprisonnés, applique des procédures dérogatoires pour la construction de prisons, reprend les peines-planchers, libère les policiers de la paperasse.
- Sur l’immigration, elle supprime l’AME (1,3 Mds/an), les aides sociales non contributives aux étrangers (15 à 20 Mds/an), supprime les visas pour les pays refusant les laissez-passer consulaires, supprime les subventions aux associations qui attaquent l’État, rend payants les visas, n’héberge plus gratuitement les étrangers illégaux et étudiants et fait payer des droits aux étudiants (4 Mds/an),
- Sur l’énergie, elle supprime les subventions futures aux énergies intermittentes (8 Mds/an), lie les prix de l’électricité au coût français (et non au coût allemand), développe les EPR.
- Pour l’industrie, elle supprime les impôts de production (CVAE, C3S, CFE) et la surtransposition des règles européennes.
- Elle remplace les subventions pour le numérique par des commandes publiques (financées par la suppression des aides au logement (14 Mds/an)) ;
- Elle remplace en 20 ans la retraite par répartition par la capitalisation (la période transitoire étant financée par la vente des logements sociaux).
- Les décisions clientélistes des élus (comme l’attribution d’un logement social ou d’une place de crèche) sont supprimées par la publication de toutes les conditions d’attribution.
- L’IA aide à supprimer les normes inutiles et à simplifier la législation (comme l’a fait Napoléon avec le Code Civil) et le haut-fonctionnaire supprimant une norme reçoit une prime.
- Le RSA est limité à trois ans (4,8 Mds /an d’économies).
- Une sélection est établie à l’entrée dans l’université, le numerus clausus mis en place pour la sociologie et supprimé pour la médecine.
- L’audiovisuel public est privatisé (4 Mds d’économies) et l’Arcom supprimée.
- Les dépenses publiques sont réduites de 130 Milliards. Les principales économies sont : réduction des subventions de l’agence française pour le développement (14 Mds/an) et à l’Europe (14 Mds/an), suppression de France-travail (4 Mds/an) remplaçé par des concurrents privés gratuits, la suppression de 3,7 millions de postes de fonctionnaires (par l’IA (5Mds/an)) et par le retour dans leur administration d’origine de ceux qui ne rendent pas de service aux citoyens, suppression des subventions aux associations politisées (1 à 2 Mds/an) et à la presse.
- Ces économies permettent de supprimer la CSG (chiffrée à 87 Md/an) et donc une hausse considérable des salaires nets.
Une grande partie de ces mesures sont dictées par le bon sens. Tous ces chiffres mériteraient vérification.
Sarah Knafo considère qu’il n’y aurait pas d’opposition à toutes ces mesures, puisqu’elles auraient été approuvées par référendum.
On peut être sceptique.
La baisse du nombre de fonctionnaires suppose une définition, bien difficile à préciser, des postes qui ne rendent aucun service aux citoyens. Sarah Knafo minimise les réactions des syndicats.
Sans doute vaudrait-il mieux éviter d’éventuelles oppositions par des mesures préventives, comme une réglementation du droit de grève identique à celle de nos voisins.
Pour financer ses baisses d’impôts, Sarah Knafo pourrait augmenter le nombre de ses privatisations, par exemple EDF, la SNCF, les entreprises cotées, les entreprises financières, des hôpitaux et écoles possédés par l’État.
Peut-être ne veut-elle pas s’aliéner ses camarades de l’ENA, dont beaucoup sont sur la piste de postes à plus de 200 K €/an. Elle ne mentionne pas les nombreux échecs graves de camarades ayant pantouflé.
La « caste », comme elle l’appelle, est un animal difficile à contrarier.
Ce programme brillant et euphorisant, insuffisant sur les privatisations, mérite d’être complété par un livre qui ne dissimule pas les difficultés d’application (pourquoi pas « Retrouver le moral » ? !).
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