Dominique Schelcher, Président de Super U, estime que nous marchons sur la tête. Il s’étonne de voir le dernier smartphone proposé à 2.000 € sous les applaudissements, cependant que le consommateur s’insurge de devoir débourser « quelques centimes de plus » pour…un kilo de tomates.
Ce qui le fait réagir, c’est que personne ne se plaint de l’augmentation considérable du prix des smartphones (plus de 4 fois depuis l’origine). Sur Linkedin, cette réflexion s’attire surtout des critiques : on ne peut pas comparer le prix d’un produit de luxe que personne n’est contraint d’acheter, avec celui d’un produit d’alimentation essentiel.
Certes, mais M. Schelcher a quand même raison. Ce qui donne tout son sens à la réflexion est la statistique qu’il évoque, selon laquelle il y a 50 ans la nourriture comptait pour 38% dans les dépenses des Français, alors qu’elle ne compte plus que pour 18% maintenant. On doit ajouter le fait qu’à l’heure actuelle aussi, 96% des jeunes Français (mais seulement 70% des seniors) possèdent un smartphone (même si ce n’est pas un « pliable » vendu pour 2.000 euros).
Le smartphone n’est plus un produit de luxe, mais est devenu une dépense essentielle devenue « contrainte ». Même si ce n’est pas un modèle de haut de gamme comme le pliable, c’est un produit cher, dont surtout l’utilisation est franchement onéreuse.
Ce dont les critiques évoquées plus haut ne paraissent pas conscientes, et c’est là le danger, à savoir la multiplication des dépenses contraintes.
Rappelons, par exemple, qu’en 1962, encore Fernand Raynaud, pouvait écrire « le 22 à Asnières », sketch moquant le retard avec lequel le téléphone fixe n’était toujours pas opérationnel en France. ( « Allo New York, vous pourriez pas me passer le 22 à Asnières »!). Depuis, non seulement on a inventé le téléphone portable, mais ce dernier est devenu un smartphone avec nombre de fonctionnalités et d’abonnements coûteux. On pourrait évidemment multiplier les exemples de dépenses contraintes.
De produit de luxe, le smartphone est ainsi devenu un produit indispensable, un « must » ainsi d’ailleurs que la salle de sport ou le GPS ! Et il vient prendre la place des anciens produits vitaux, pour lesquels on n’admet plus de consacrer une part importante de ses revenus : seulement 18% pour la nourriture.
Le même raisonnement peut être tenu actuellement pour l’essence, dont le prix, malgré sa hausse spectaculaire, était relativement plus important il y a quelques dizaines d’années.
Tout se passe comme si les Français n’admettaient plus de payer leur vrai prix pour ces anciennes dépenses vitales maintenant considérées comme devant être quasiment offertes par l’État-providence, de façon à libérer les revenus nécessaires à l’achat des nouvelles dépenses contraintes que sont par exemple les smartphones.
Dans le registre de l’alimentation, on peut aussi citer les récents repas étudiants à un euro. Mais il n’existe pas de repas gratuit comme le disait Milton Friedman, et ne pas admettre d’en payer le vrai prix ne fait qu’aboutir à la malbouffe, à la ruine de l’État et à celle des producteurs français.
Voilà pourquoi M. Schelcher a raison de s’élever contre cette exigence qui voudrait que le prix des tomates n’augmente pas, malgré les catastrophes climatiques qui viennent de s’abattre sur les agriculteurs.
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