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Le message à faire passer

par Claude Sicard
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La France est  un pays dont l’économie est en perdition : tous les clignotants, depuis des années, sont au rouge. Il s’agit d’une économie apathique, avec un taux de croissance extrêmement faible, des dépenses publiques considérables, des prélèvements obligatoires bien plus élevés que partout  ailleurs, et une dette publique qui ne cesse pas d’augmenter.

La tâche majeure du prochain Président va être de redresser notre économie : il va se trouver à la tête d’un pays  qui, avec la Grèce, est le plus désindustrialisé d’Europe, dont le budget depuis cinquante ans est chaque année en déficit, une dette par habitant qui est une des plus élevées d’Europe, et une balance commerciale chaque année déséquilibrée.

Il faudrait que les Français portent à la tête du pays le candidat, ou la candidate, le plus à même de procéder au redressement de cette économie moribonde, car c’est sur ce critère, avant tout, qu’il faudra que les électeurs fondent leur choix.

Il faut voir,  en effet, quels sont les deux problèmes fondamentaux  auxquels le prochain dirigeant du pays va se trouver confronté :

  1. Déterminer, sans se méprendre, la cause réelle du déclin de notre économie, ceci afin de ne pas se tromper sur le remède à y apporter ;
  2. Choisir le modèle de développement économique permettant le mieux de redresser notre économie.

Il faudrait, en fait, que les candidats se prononcent sur ces options dans le cadre même de leur campagne électorale, et on sait qu’ils ne le feront pas : ils préféreront des thèmes beaucoup plus porteurs, dans leur esprit, pour le public.

Déterminer la cause réelle du déclin de notre économie :

Les explications qui sont données par nos hommes politiques  sont multiples :

  1. des dépenses publiques trop élevées, et, par là, « trop d’impôts » ;
  2. les Français  ne travaillent plus assez aujourd’hui ;
  3. nous avons « trop d’État » ;
  4. une immigration qui nous coûte cher, etc.

En fait, il faut remonter à la Révolution de 1789 pour déceler la raison réelle du déclin de notre économie, et très peu de personnes en sont conscientes : la cause réelle, si on y réfléchit bien, vient de la lutte constante de certaines couches populaires et de certains intellectuels de notre pays , depuis 1789, contre « les riches ».

En examinant, en effet, comment a évolué l’économie  de notre pays depuis le début de la révolution industrielle, venue d’Angleterre dans la seconde moitié du XVIIIe siècle, on voit qu’il  y a un continuum allant des « sans-culottes » qui déclaraient en 1789  « Il ne faut pas hésiter d’encourager la haine des riches, c’est-à-dire des méchants : il faut tout sacrifier au bonheur du peuple », à François Mitterrand, deux siècles plus tard, avec, en 1981, son fameux « Programme Commun de la Gauche » et les communistes à sa suite, en passant par la « Commune de Paris » en 1871, la « Charte d’Amiens » en 1906, le « Front Populaire » en 1936, et le Programme du « Conseil National de la Résistance », élaboré sous l’égide de la CGT pendant l’occupation et appliqué tel quel en 1945.

Et nous avons, aujourd’hui, Jean-Luc Mélenchon qui est à la manœuvre avec son parti « Les Insoumis » et le mouvement qu’il anime intitulé « Le Nouveau Front Populaire » (NFP) : il se pose en vrai révolutionnaire, menant  à son tour un combat contre les riches. On l’a vu, par exemple, déclarer dans un meeting à Angers : « Il est immoral d’être milliardaire : tout ce qui va aux plus riches a été retiré à ceux qui produisent ».

On voit, donc, que pas mal de gens luttent, en France, en permanence depuis 1789, contre les riches, et ce combat contre les  classes possédantes est glorifié auprès de nos jeunes par l’école de la République qui loue la conduite des révolutionnaires et la donne en exemple.

On perpétue donc, à plaisir, cette lutte contre les « riches ». N’oublions  pas que dans leur hymne « ça ira, ça ira, ça ira… », les sans-culottes proposaient de pendre les aristocrates à la « lanterne » !  Ce furent, à chaque fois, des tentatives pour changer la société au profit des classes laborieuses : on n’y parvient pas, mais l’on recommence,  obstinément, dès qu’une occasion se présente, et on sait qu’il s’en est fallu de très peu, en 1945, au lendemain de la dernière guerre, pour que tout bascule !

Le programme du CNR s’appelait, il faut le rappeler,  « Les jours Heureux », et, en 1981, le premier volet du Programme Commun de la gauche de François Mitterrand  s’intitulait : « Vivre mieux, changer la vie ».

Il s’agit, toujours, rien de moins que d’essayer d’accaparer les outils de production détenus par des entités privées pour les transférer à la collectivité, c’est-à-dire  déposséder les « riches ». En 1936, il y eut diverses nationalisations (usines d‘armement, les chemins de fer, la Banque de France) ; puis, en 1945, avec la mise en application du programme du CNR, un nombre bien plus  important, encore,  dont, cette fois, les banques et les compagnies d’assurance. Et, en 1981, avec François Mitterrand, à nouveau un train impressionnant de nationalisations.

Puis, les gouvernements  suivants dénationalisent ce qui avait été nationalisé, aussi bien les banques que les établissements industriels. Ces tentatives pour changer de monde, qui chaque fois échouent, créent un climat d’insécurité qui est défavorable à l’épanouissement d’une économie florissante.  Et, aujourd’hui, nous avons Jean-Luc Mélenchon qui gonfle  d’illusions  ses aficionados en leur disant « Votre vie changera pour le meilleur : un autre monde est possible ».

Il y a donc toute une partie de la France qui, depuis 1789, lutte contre l’autre dans l’espoir utopique d’en arriver à un monde meilleur. Et, dans la seconde partie du XIXe siècle, Karl Marx et Friedrich Engels, venus d’Allemagne,  ont très fortement structuré cette aspiration populaire à l’accès à un monde idéal.

Ils ont expliqué comment les patrons exploitent les travailleurs ( la notion de « plus-value capitaliste »), et indiqué comment on allait procéder pour parvenir à ce projet utopique : exproprier les patrons ( cad « l’expropriation des expropriateurs »).

Dans ce nouveau monde, les biens de production appartiendront à tout le monde, et il n’y aurait plus,  alors, d’exploitation des hommes les uns par les autres.

 Aussi, la doctrine marxiste a-t-elle très vite séduit une partie dles classes laborieuses,  si bien qu’au congrès de la CGT, réunie à Amiens en 1906 pour définir comment le syndicalisme français  allait  agir, c’est la motion marxiste qui a été adoptée, et à la quasi-unanimité. Elle a donné  au syndicalisme français pour objectif « l’expropriation capitaliste ».

La motion adoptée par les congressistes disait,  en effet : « Le syndicat, aujourd’hui groupement de résistance, demain groupement de production ». C’est ce qui s’est appelé « La Charte d’Amiens », et elle allait constituer l’ADN du syndicalisme français. Nous avons eu, ainsi, dans notre pays, un syndicalisme révolutionnaire, ce qui n’a été le cas dans aucun autre pays européen, le syndicalisme dans tous ces pays  ayant été simplement réformateur, s’alliant partout au parti socialiste du pays pour agir.

C’est ainsi que les Allemands en sont venus à la cogestion des entreprises, et qu’en Suisse le patronat et les syndicats ont conclu, en 1937, un accord qui s’est intitulé « La paix dans le travail »,  et il n’y a plus jamais eu de grèves dans ce pays.

On voit ainsi que la cause réelle du déclin de notre économie est cette lutte constante menée, dans notre pays, contre « les riches ». Lors de chaque combat, les classes laborieuses obtiennent des pouvoirs publics des avancées sociales que l’on appelle  des « acquis sociaux », et ceux-ci ont fini par être bien plus importants que partout ailleurs, de sorte que nos entreprises sont devenues de moins en moins compétitives, pour leurs activités en France.

On voit que les entreprises opérant en France, ont ainsi, maintenant, des taux de marge insuffisants, ce qui se traduit par des capacités d’investissement limitées et des dépenses de R&D trop faibles.

En équipement de robots, par exemple, on en est, en France, à 186 robots pour 10.000 salariés,  contre 429 en Allemagne, 470 en Chine,  et… 1012 en Corée du Sud !

Les conditions du redressement du pays :

Il faut comprendre que le défi à relever pour redresser le pays est le même qu’au lendemain de la dernière guerre : nous avions  dû affronter cette nouvelle épreuve avec une économie qui ne s’était pas encore remise de la grave crise de 1929, du fait, précisément, du Front Populaire de 1936, et l’occupation « extractrice »  allemande, qui est allée de juin 1940 à août 1944, n’a évidemment  fait qu’aggraver la situation.

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La nécessité de rassembler  tous les Français :

C’est sous la direction du général de Gaulle que le redressement du pays, en 1945, s’est opéré : par le prestige et l’autorité naturelle qui étaient les siens il a pu rassembler tous les Français dans un même effort. Le redressement de notre économie nécessite, en effet, que l’on mette fin aux luttes intestines qui depuis deux siècles n’ont pas cessé de  miner  notre économie. Et, faute d’avoir, pour relever le pays, un homme politique providentiel  comme ce fut le cas au lendemain de la dernière guerre avec le général de Gaulle, il nous faut une mesure phare qui permette de mettre un terme à cette lutte des classes qui est la cause explicative, depuis 1789,  du déclin de notre économie.

Et il n’y a pas d‘autre solution que la cogestion des entreprises, à la manière des Allemands. L’économie, en effet,  est une affaire de sociologie, nous dit  le grand économiste canadien Jim Stanford, et l’état de notre économie résulte de la façon dont les Français ont construit leur destin. Avec la cogestion (Mitbestimmung), il y a association des travailleurs aux décisions de gestion des entreprises, en échange de leur collaboration au bon fonctionnement de l’économie du pays : il s’agit d’un deal gagnant-gagnant.

Le syndicalisme allemand s’est montré constructif, soucieux de bien intégrer les travailleurs dans les rouages de la société, alors que le nôtre, avec la Charte d’Amiens de 1906, a choisi d’être révolutionnaire,  c’est-à-dire de renverser la table ;

et chez notre voisin allemand le patronat a compris la nécessité d’en venir à un partage du pouvoir. Ce sera, donc, en France, la solution à  adopter pour mettre fin à cette lutte permanente existant, depuis si longtemps, entre les couches populaires du pays (les « prolétaires »), et celle que le marxisme a appelée  les « bourgeois-capitalistes ».

Avec la chute de l’URSS, et les révélations de Soljenitsyne, la  quête d’une société idéale à la mode soviétique, qui a nourri très longtemps en France les espoirs d’une partie des classes populaires,  s’est finalement estompée.

La cogestion était d’ailleurs dans les vues du général de Gaulle qui, de tout temps, a parlé de l’ « association capital-travail ».  

La cogestion est véritablement la solution pour mettre un terme à la lutte des classes qui existe, en France, depuis si longtemps : les  Allemands y sont venus en 1951, et ils l’ont étendue, en 1976, aux entreprises de plus de 2.000 personnes. Elle est considérée comme un pilier de l’économie sociale de marché allemande, et ce système a réussi à neutraliser le potentiel de lutte des classes en Allemagne.

En France, la CFDT y est très favorable, mais le patronat y reste farouchement opposé.

Il serait temps que le MEDEF comprenne les raisons pour lesquelles notre économie se trouve dans l’état dégradé qui est le  sien, aujourd’hui : malgré ses multiples  cercles de réflexion et centres d’étude, il n’a pas encore compris quelle est la cause fondamentale du déclin de notre économie !

La cogestion des entreprises est donc la mesure phare que les candidats à l’élection présidentielle de 2027 devraient mettre à leur programme : mais, faute d’avoir identifié et partagé avec l’opinion la raison pour laquelle notre économie se trouve dans l’état  extrêmement dégradé qui est le sien, aujourd’hui, il y a de très fortes malchances qu’aucun ne le fasse.

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Le choix d’un modèle de développement  économique:

La France s’est reconstruite, au lendemain de la dernière guerre, selon  un modèle que l’ancien président de Saint-Gobain, Jean-Louis Beffa, dans son livre « La France doit choisir » paru en 2012, a qualifié de « Commercial-Industriel », qu’il décrit ainsi :

Le modèle « Commercial-Industriel » :

Dans ce modèle, l’État joue un rôle central, et il intervient directement pour stimuler la croissance des entreprises. C’est, précisément, ce qui s’est produit pendant les Trente Glorieuses, avec un Commissariat Général au Plan animé par Jean Monnet qui jouait un rôle de chef d’orchestre. Jean-Louis Beffa nous dit que, dans ce modèle, il est  accordé « la priorité au développement industriel du pays sur la rentabilité financière des actionnaires ». L’État a le souci d’avoir une balance commerciale positive, et il se préoccupe de produire des biens plutôt que des services ; et il collabore étroitement avec le patronat ainsi qu’avec les syndicats, en leur demandant de consentir à des sacrifices pour  maintenir la compétitivité des entreprises.

Il y a eu, ainsi, sous l’égide d’un Commissariat général au Plan qui a été un organisme de prévision et de concertation, mobilisation de toutes les forces vives de la nation, avec définition des priorités pour chaque période quinquennale. Et l’État est intervenu pour soutenir les investissements, notamment dans les secteurs prioritaires. Cette manière de procéder a été, comme on le sait,  un réel succès pour notre pays, et elle a permis à la France de se rétablir en réalisant des avancées techniques de premier plan dans un grand nombre  de domaines : les centrales atomiques pour l’énergie électrique, le Train à Grande Vitesse (TGV), les premiers avions à réaction  (La Caravelle), le CNES et la fusée Ariane, etc.  Et la France s’est trouvée dotée de l’arme nucléaire. Aussi, cette période faste est elle connue sous le nom « Les Trente Glorieuses », un qualificatif  tout à fait approprié lancé par l’économiste Jean Fourastié.

Jean-Louis Beffa explique que nous sommes ensuite passés,  dans les années 1975-80, sous la poussée de la montée du libéralisme dans le monde, au modèle anglo-saxon «Libéral-Financier », qu’il définit ainsi :

Le modèle «Libéral-Financier » :

Dans ce modèle, ce qui prime, c’est « l’intérêt de l’actionnaire », et l’État intervient très peu dans la vie économique. Il y a une très grande flexibilité du marché du travail, et le poids des syndicats est marginalisé ; et l’on accepte qu’il y ait de très  grandes disparités dans les revenus. Ce qui prime,  pour les dirigeants d’entreprise, c’est la rentabilité financière à  court terme. Il s’agit d’un système favorable, d’une façon générale, au consommateur. L’État est seulement « le garant du bon déroulement d’une  économie libérale ».Dans ce modèle, l’intérêt de l’actionnaire prime sur celui de la nation.

Depuis  ce virage radical pris à la fin des Trente Glorieuses en faveur du libéralisme économique la France fonctionne plutôt sur le modèle anglo-saxon, et notre économie n’a pas cessé de décliner. Nous avons, en effet, ouvert toutes grandes nos frontières, et nous nous sommes peu à peu désindustrialisés, au point que nous sommes, à présent, avec la Grèce, le pays le plus désindustrialisé d’Europe !

Un très grand nombre de nos entreprises ont disparu, et nous nous sommes donc appauvris. Jean-Louis Beffa nous dit, dans son ouvrage, que ce modèle ne convient pas à la  sociologie du  peuple français. Il écrit, sans détours : « La France a rompu avec le modèle qui a prévalu pendant les Trente Glorieuses pour se tourner vers l’option libérale-financière. Elle doit, maintenant, faire le chemin inverse : à suivre la voie anglo-saxonne qui ne correspond pas à  son identité, elle perdra toujours ».

Ne  pas se tromper de combat :

On voit donc qu’à l’occasion de la prochaine élection présidentielle, il est fondamental, pour l’avenir de notre pays, que  les Français optent pour le candidat qui aura pour thème  et la mise en place, dans notre pays, de la cogestion des  entreprises, et la capacité d’imposer à la Commission Européenne de Bruxelles que nous adoptions, pour redresser notre économie, le modèle « Industriel-Commercial ».

Ce modèle n’est pas dans la ligne du libéralisme économique européen car l’État y intervient à la fois pour soutenir les entreprises dans leurs investissements et les protéger, dans leurs premières phases de développement , contre la concurrence des pays  à bas salaires.

On sait que Madame von der Leyen s’y opposera farouchement. Nous avons pourtant l’exemple des mesures prises par les États-Unis, le pays culte du libéralisme économique, pour réindustrialiser leur pays : le Président Joe Biden a mis en place, en 2022, l’IRA avec un budget de 400 milliards US$ pour soutenir les investissements, et Donald Trump y a rajouté, dès qu’il accéda au pouvoir, des droits de douane !

Ce sont, là, deux combats difficiles que devra mener, sitôt élu, notre prochain Président : l’un  contre le patronat français pour imposer la cogestion,  l’autre contre les autorités de Bruxelles pour que nous fonctionnions avec le modèle « Industriel-Commercial ».

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1 commenter

lafont bruno juin 12, 2026 - 2:28 pm

Une excellente analyse de la situation économique française et du défi que devra relever le prochain locataire du Palais.
Qui osera ?

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