Le député de la Somme François Ruffin, proche de « La France Insoumise », a plaidé tout récemment pour que se crée un contre-modèle de gauche au parc à succès de Philippe de Villers, jugé par lui trop à droite. Il est journaliste de métier, a publié un ouvrage intitulé « La Guerre des classes », et a réalisé, en 2016, le film « Merci Patron » qui a rencontré dans le public un très vif succès. Ce film est une comédie documentaire s’élevant contre les délocalisations d’usines dans notre pays: il s’agit d’une usine située, précisément, dans la Somme, que le groupe LVMH a transférée en Pologne pour des raisons de coût de main d’œuvre trop élevé en France. Bernard Arnault dut s’en expliquer en Assemblée générale, et il dit : « Le groupe LVMH est l’illustration, l’incarnation, de ce que pour des observateurs d’extrême gauche l’économie libérale produit de pire ».
La gauche voudrait donc que l’on montre dans un « Puy du Fou de gauche » les méfaits du libéralisme, et que l’on vante les luttes vaillantes des classes populaires contre les classes qui les dominent. Ces combats ont commencé avec la Révolution de 1789, où furent abolis, dans la nuit du 4 Aout, tous les privilèges, et où fut proclamée quelques jours plus tard la fameuse « Déclaration des Droits de l’Homme et du Citoyen ». Il y eut, on s’en souvient, soutenus par Hebert et Marat, le glorieux combat des sans-culottes qui s’en prirent aux classes privilégiées, déclarant : « Il ne faut pas hésiter à encourager la haine des riches, c’est à dire des méchants : il faut tout sacrifier au bonheur du peuple ». On eut, ensuite, jalonnant l’histoire de ces luttes menées contre les riches, « La Commune de Paris »,en 1871, la Charte d’Amiens, en 1906, le Front Populaire, en 1936, le Programme du Conseil National de la Resistance appliqué tel quel, en 1945, un programme élaboré pendant la résistance sous l’égide de la CGT, et, en 1981, l’arrivée au pouvoir de François Mitterrand avec son « Programme Commun de la Gauche » et les communistes à sa suite. Et nous avons, aujourd’hui, à la manœuvre, Jean-Luc Mélenchon avec son parti « Les Insoumis » et le mouvement qu’il anime appelé le « Nouveau Front Populaire (NFP) : il est notre nouveau Robespierre, et il a repris à son tour la lutte contre les riches. Il a déclaré, par exemple, dans un meeting à Angers : « Il est immoral d’être milliardaire : tout ce qui va aux plus riches a été retiré à ceux qui produisent » .
Les Français n’ont pas conscience des dommages qu’a créé à notre économie cette lutte constante qui s’est installée, dans notre pays, contre les riches, depuis la Révolution de 1789. Les historiens ont appelé cette révolution « La Grande Révolution » : elle est enseignée dans les écoles de la République comme un acte glorieux, le modèle même des combats à mener par tout républicain digne de ce nom.
On n’en finit donc pas, en France de s’en prendre aux « riches » : cela fait plus de deux siècles que ces luttes intestines minent la société, et il y a eu, tout récemment, les débats sur la fameuse « taxe Zucman » qui ont très vivement agité le Parlement.
L’économiste canadien Jim Stanford nous dit : « L’économie est le fruit du rapport entre les gens », et c’est bien ces luttes menées en permanence dans notre pays contre les classes possédantes, c’est-à-dire, dans l’esprit des classes laborieuses, contre les entreprises, qui ont miné notre économie, la conduisant à l’état léthargique dans lequel elle se trouve aujourd’hui. Nous en sommes à une économie qui n’a plus du tout de croissance, où les dépenses publiques ainsi que les prélèvements obligatoires sont les plus élevées de tous les pays de l’OCDE, et où la dette nationale croit un peu plus, chaque année, au point qu’elle a fini par devenir supérieure au PIB. L’apathie de l’économie a poussé les pouvoirs publics à accroitre régulièrement leurs dépenses pour faciliter la vie des citoyens, si bien que l’on en est arrivé à ne plus pouvoir baisser celles-ci tant elles sont devenues essentielles pour la population. On mesure, par une approche économétrique simple, que les Français bénéficient d’un niveau de vie qui est supérieur de 18 % à celui que l’économie du pays est capable de leur procurer : et l’on comprend alors pourquoi il existe cette nécessité de recourir, chaque année, à la dette pour boucler les budgets de la nation. Cette année en en sera à un déficit avoisinant 5 % du PIB, et les pouvoirs publiques font des efforts considérables pour en arriver à un déficit de seulement 3 % du PIB en 2029.
La France est, depuis la révolution de 1789, en lutte constante contre les riches. Lorsque le roi Louis XVI convoqua, en 1789, les Etats Généraux, la société s’articulait en trois grandes catégories :
- La noblesse : environ 400.000 personnes, avec la « haute noblesse » (4.000 familles), et la « petite noblesse » ;
- Le clergé : environ 120.000 personnes, avec le « haut clergé » (issu de la noblesse), et le « bas clergé » ;
- Le Tiers-Etat : soit 96 % de la population, avec les travailleurs journaliers des campagnes, les paysans propriétaires-fermiers, les artisans des villes, et les bourgeois (commerçants, banquiers, hommes de droit, ….).
Ce qu’il s’est produit, c’est que la Révolution de 1789 s’est déclenchée au moment où débutait, en France, la révolution industrielle : et une nouvelle classe de personnes privilégiées est apparue, que Karl Marx a appelée les « bourgeois-capitalistes », qui a pris le relais de ce qu’avaient été, précédemment, la noblesse et le clergé qui étaient les classes possédantes dans notre pays. Il y eut donc de nouveaux riches, et avec la doctrine marxiste, on a eu un combat de classes qui s’est solidement structuré : les « prolétaires » d’un coté, et les « bourgeois-capitalistes » de l’autre, un combat dont l’objectif était, pour les classes populaires, de s’approprier les outils de production de la nation pour en arriver a une société idéale nommée « la société communiste », une société où tous les individus seraient égaux. Et Karl Marx a expliqué que les bourgeois-capitalistes s’approprient injustement une partie du travail des prolétaires, ce qu’il a appelé « la plus value capitaliste ». Et ce sera, en France, la Charte d’Amiens, en 1906, qui mettra tout cela en musique : elle a établi notre syndicalisme dans une attitude révolutionnaire, lui fixant comme objectif « l’expropriation capitaliste », c’est-à-dire une société sans classe où les outils de production appartiendraient à la collectivité. La Charte d’Amiens précisait sans ambigüité l’objectif : « Le syndicat, aujourd’hui groupement de résistance, demain groupement de production ». Les Français qui, avec la Révolution de 1789, avaient aboli les privilèges et proclamé que tous les hommes sont égaux entre eux, se sont montrés un terrain particulièrement favorable à la thèse marxiste, et elle était bien dans tous les esprits lorsque la CGT convoqua, en 1906, à Amiens, son IXe congrès confédéral.
Certes, les objectifs fixés au syndicalisme français par la Charte d‘Amiens n’ont pas été atteints, mais les luttes menées par les classes laborieuses ont permis d’obtenir des avancées sociales considérables, que l’on a appelées des « acquis sociaux ». Et ceux-ci étant devenus beaucoup plus importants que partout ailleurs ont réduit dans de fortes proportions la compétitivité des entreprises et alourdi les comptes sociaux du pays. On en est arrivé au point où nos entreprises ont des taux de marge beaucoup plus faibles que ceux de leurs concurrentes à l’étranger, et des capacités d’investissement bien plus réduites. Cela se traduit, par exemple, par des taux de robotisation très inferieurs à ceux des autres pays : on a, en France, un taux de 186 robots pour 10.000 salariés, contre 228 en Italie, 429 en Allemagne, et 1012 en Corée du Sud : autant dire que la compétitivité de nos entreprises est faible en matière de prix, et il faut donc qu’elles se battent en ayant des produits qui se différencient nettement de ceux de leurs concurrents, ce qui ne peut s’obtenir, dans la plupart des cas, qu’avec des avancées technologiques réelles. D’où la nécessité d’avoir des budgets de R&D très élevés, ce qui n’est malheureusement pas le cas de notre pays : nous n’en sommes qu’à des taux de 2,2 % du PIB, contre 3,6 % en Allemagne,5,2 % en Corée du Sud et 6,0 % en Israël.
Il serait donc temps que les Français comprennent que les riches sont tout à fait utiles à l’économie d’un pays. Elon Musk , l’un des hommes les plus riches de la planète, déclara un jour, quand on l’interrogeait sur l’origine de sa fortune : « Pour moi, il ne s’agissait jamais d‘argent, mais de résoudre des problèmes pour l’avenir de l’humanité ». Quant à Bernard Arnault, le milliardaire français le plus connu, il a fait sa fortune en faisant de la France le leader mondial du luxe, et son groupe emploie dans le monde plus de 200.000 personnes. Laissons donc les « riches » figurer dans le paysage de notre société, et référons nous en à cette sage recommandation de William Shakespeare, disant : « Ce n’est pas en brimant les riches que l’on rend les pauvres plus heureux ».
Attendons donc de voir comment la gauche va, dans son propre Puy du Fou, mettre en scène tous les événements dont elle s’enorgueillit qui ont, peu à peu, mis à terre notre économie, au cours des deux derniers siècles.
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