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Les Français et le travail : le divorce ?

par Yves Buchsenschutz
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« Voulez-vous ne penser à rien et que l’État s’en charge pour vous ? » Fanfan la Tulipe.

Nous avons eu l’occasion la semaine dernière d’assister à un colloque de la chaire Transitions Demographiques, Transitions Economiques : « Les Français et le travail : le divorce ».

Comme nous entendons depuis quelque temps des cris d’orfraie concernant le droit à la paresse, ainsi que les blocages sur la réforme des retraites, il nous a semblé que c’était un bon sujet pour l’IRDEME et nous avons donc décidé d’y assister.
Il règne en effet sur ce sujet la plus grande confusion. Entre le président Sarkozy et son travailler plus pour gagner plus et le droit à la paresse de la NUPES, il y a un abîme.

Qui croire ?

Le Figaro à fait paraître un petit compte rendu le 10 Mars 2023 de cette session dont nous extrayons les points suivants :

« Ramener le déficit sous 3 % Remettre la question du travail au cœur des réformes est un enjeu central ». Car la chaire TDTE a fait tourner ses modèles. Et, elle affirme qu’une augmentation de la quantité de travail de 8 % dans la prochaine décennie – soit la création de 200 000 emplois par an – est possible. Elle s’accompagnerait d’une croissance du PIB de l’ordre de 3 points d’ici 2032, rapportant plusieurs milliards à l’économie française, capable alors de ramener le déficit public en dessous de la barre des 3 %. « Parmi ces nouveaux emplois, 430 000 devraient être orientés d’ici 2032 vers l’industrie, ce qui permettrait en outre de réduire notablement le déficit commercial qui ne cesse de croître ».

Le premier élément important sur ce sujet c’est une tendance en direction de la disparition progressive du travail (Voir l’article La réforme des retraites et la tectonique des plaques du 9 Janvier 2023).

Alors pourquoi ces demandes incessantes et ces incitations à travailler plus ?

Deux raisons : nous sommes désormais dans un univers international où la compétitivité est un impératif absolu. Nous n’avons pas de problème majeur pour diminuer le travail mais le problème des 35 heures n’est pas celui de travailler moins. Il est celui de travailler moins quand les autres travaillent plus, puisque le coût de la main-d’œuvre est un élément constitutif du prix de revient et donc de la compétitivité de la maison France.
La deuxième raison est celle de la démographie : au fur et à mesure que les sociétés se développent on constate qu’elles font moins d’enfants, ce qui entraîne inexorablement une baisse progressive du nombre relatif d’actifs. Or ce sont eux qui vont assumer la charge du vieillissement ajouté à celle de la jeunesse future. Il se retrouve donc paradoxalement, dans un système où la durée globale du travail diminue, devant la nécessité de travailler momentanément plus. (Déjà le cas du Japon).

On constate d’ailleurs que suite aux premières réformes des retraites, aux lois sur l’apprentissage et maintenant le chômage, l’emploi des jeunes comme des gens âgés augmente en France.
A noter également que contrairement aux assertions des syndicats la pénibilité, au moins physique, a largement diminué. Les pelles et les marteaux-piqueur disparaissent progressivement du paysage, au prix il est vrai, probablement, d’une augmentation du stress. Par ailleurs le marché du travail s’est inversé et il y a désormais beaucoup d’emplois vacants et ceci dans plusieurs pays d’Europe.

Bilan général

Entre 1950 et 2020, le temps de travail rémunéré a été divisé par 2,5 (de 24 % du temps éveillé à 11 % – il était de 70 % en 1850 !) et le niveau de vie des français a été multiplié par cinq. Qui dit mieux ?

Nous souhaiterions par contre insister sur un point particulier qui est la gestion du triangle du travail. De bons auteurs (dont je crois Hannah Arendt) ont quelque part défini le travail comme un triangle dont les sommets seraient : le gagne-pain, l’insertion sociale ou statut, et l’œuvre. Ce sont les trois raisons principales qui poussent chacun d’entre nous à travailler. Où étaient-elles et comment évoluent-t-elles ?

  1. Le Gagne-pain : l’homme a vécu pendant très longtemps dans la nécessité absolue de travailler pour vivre et la génération en France des baby-boomers entrait dans la vie active encore quelque part avec l’obsession de survivre et de manger. Cela n’est plus faux mais cela a tout de même considérablement évolué : à condition de s’imposer une certaine frugalité, on peut choisir aujourd’hui de vivre dans les interstices de la société de consommation : élever des brebis dans le Cantal, devenir artiste, choisir l’année sabbatique etc… un certain nombre de jeunes ou de moins jeunes choisissent cette voie nouvelle… et pourquoi pas si on l’assume ? Plus grave, l’État providence a choisi, emporté par son élan, de favoriser à tout crin toutes les subventions et d’éliminer tous les cailloux du chemin pour ceux qui auraient des raisons ou des prétextes pour ne pas s’astreindre au travail obligatoire. C’est le sens global de la politique du quoi qu’il en coûte. L’État se charge aujourd’hui des préservatifs, des protections hygiéniques, du panier d’inflation, du taux d’activité de la population, de l’égalité hommes femmes, du chèque essence ou énergie etc …[[l’État se mêle désormais de tout, nous sommes dans un syndrome d’infantilisation générale.]] de ce point de vue il est franchement inquiétant de le voir chaque jour étendre son domaine d’intervention et dans ce contexte il est clair que la nécessité du gagne-pain a perdu de sa puissance de motivation.
  2. Le Statut. (Insertion Sociale). Cette motivation a également perdu de sa force. Les bonnes fréquentations déjà ont perdues de leur nécessité sociale au profit de l’originalité, de l’exploration des autres et de la diversité du monde. Il nous semble aussi que quelque part on a remplacé un large spectre de statuts honorables possibles par un seul : celui de Kylian Mbappé, ou de vedette absolue. Nous sommes devenus quelque part toutourienniste. Le premier ou rien. Or il est évident qu’on ne peut pas construire une société sur ce schéma. Si l’on accepte l’assertion comme quoi il n’y a pas de sot métier, un objectif tel que devenir un rouage compétent, utile et reconnu
    de la société devrait plutôt être proposé à chacun de ses membres. L’inversion en cours du rapport de force entre employeurs et employés (il y a novation importante à ce jour : un nombre de postes vacants très importants par rapport à la disponibilité de candidats : (médecins, restauration, aide à la personne…) devrait si il est bien géré améliorer considérablement ce point car la seule manière de régler ce décalage sera d’améliorer le statut des postes vacants pour déplacer l’intérêt des candidats l’État se mêle désormais de tout, nous sommes dans un syndrome d’infantilisation générale disponibles. Cela signifie formation, conditions de travail, rémunération, possibilité
    d’évoluer etc …
  3. L’œuvre : il nous semblait que le terme avait un peu vieilli et qu’il suffisait aujourd’hui de le remplacer par celui de Sens. Cela va peut-être un peu plus loin et rejoint les remarques sur le statut. Nous avons tendance aujourd’hui, au moins pour une partie de la population, à classer les métiers entre bons et mauvais en fonction de leur finalité : les bons métiers sont ceux dits d’intérêt général (qui n’est au demeurant le plus souvent que la somme des cas particuliers) : les pompiers, les infirmières, les services dits publics, les O.N.G. etc… Les autres sont ceux des méchants profits[[Au demeurant salaire de l’entrepreneur-risqueur.]] : les entreprises privées, les distributeurs de dividendes exceptionnels ou normaux, la finance, les industriels etc … nous prétendons personnellement que l’objectif de profit n’est qu’une vue à très court terme de l’entreprise. Si une entreprise veut réellement réussir c’est-à-dire se créer, se développer et durer, elle doit remplir correctement une fonction économique et sociale, utile à la société : une fois de plus pas le sauveur du monde mais une pièce utile voire nécessaire au bon fonctionnement de l’ensemble. La récompense en cas de succès sera seulement alors le profit, la sanction, en cas d’échec, la faillite et la mort. Si l’on transpose cela dans le triangle du travail cela veut dire que chaque salarié doit avoir intégré pourquoi il est là et comment participer à l’objectif de l’ensemble. Cette vision au demeurant est un facteur important de productivité et de motivation car si un salarié réussit à trouver dans le vécu de son poste, un mode de participation positif par rapport à l’objectif de son entreprise il pourra assumer naturellement par ses initiatives l’adéquation continue de son travail. C’est le meilleur moyen de récupérer son énergie.
  4. Conclusions : travailler sur la participation plutôt que sur le vedettariat, stopper l’infantilisation et le clientélisme envahissant de l’État et du service public qui devrait devenir un service au public, travailler sur le sens et les conditions de travail tant matérielles, que financières et organisationnelles. Définir pour chaque entreprise, comme pour chaque individu, et chaque service public, sa fonction économique et sociale et se consacrer à la remplir et à l’optimiser. Chacun d’entre nous souhaite légitimement un travail intéressant, correctement payé, des possibilités d’évolution, le tout dans un climat de confiance et d’authenticité, dans des conditions de sécurité et de pérennité admissibles.

 

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1 commenter

Molimard mars 21, 2023 - 10:17 am

40 milliards d’heure ! … peut être les origines du divorce ???!
J’observe régulièrement le mouvement de la productivité depuis 1936, l’année des 40 heures du gouvernement de front populaire de Léon Blum. Il avait baissé le temps de travail de 10 % d’un seul coup ! Avec deux semaines de congés payés, (on va oublier les jours fériés), cela nous ferait donc 50 semaines x 40 heures, soit 2000 heures par an. 20 millions de population active x 2000 = 40 milliards d’heures en France de 1936. S’il n’y avait pas eu de gains de productivité depuis 1936, il nous faudrait encore 40 milliards d’heure en 2023. Mais voila, cela a bien changé, là où un paysan fauchait 2000 m2 à heure avec sa faux au milieu des arbres, des talus, le remembrement et la « sovkhozisation stakhanoviste » nous amène des productivités de 100 000 m2 fauchés en Ukraine, par exemple, avec les nouvelles machines. Dans le secondaire, là où on mettait 1000 heures (la carrosserie monocoque a peut être entraîné la faillite de Citroën?!)pour produire une Traction, « Toyota intra muros » assemble un véhicule en 8 heures, lorsque cela tourne correctement. Là où l’employé de banque Fernand Raynaud compte à la main avec retenue  » …1 et 1 ,2, ah le téléphone sonne ! oui … merci! … ah où en étais je ? , 1 et 1, 2, etc… » aujourd’hui c’est « = somme() » direct, lorsque vous appelez, composez la touche étoile, etc… et nous sommes 40 millions de population active POTENTIELLE( 68 – 11 millions de – de 15 ans – 17 millions de + de 65, retraités dont M.Drucker et cette mamie de 97 ans derrière ses fourneaux hier, lors du 13 heures de TF1 !) donc, 1000 heures chacun pour ces 40 milliards d’heures, ou encore cette situation actuelle : 20 millions à 2000 heures, fidèles au travail et 20 autres millions en situation de divorce ! Surprenant, non ! La « fed » aux USA estime qu’il y a plus de 100 millions d’américains en dehors du travail, combien de « Zoneuropéens », 100 sur 300 millions aussi, et donc 20 sur 68 millions de « divorcés du travail » en France !

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