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DEFENSE DE L’INTERET GENERAL, A VENDRE !

par Yves Buchsenschutz
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Ayant travaillé toute ma vie dans le « privé » j’ai, à contrario, entendu parler de la fonction publique et de la noblesse de sa mission dans le cadre de la défense de l’intérêt général. En quelque sorte il y a deux sortes de français, les boutiquiers d’un côté et les preux héros de l’intérêt général dans l’administration le plus souvent (mais il y a des exceptions)1. Autre vision : les patrons buveurs de sang et les pauvres ouvriers, grévistes par nécessité. On appelait d’ailleurs « épices » les classes préparatoires aux écoles commerciales car elles formaient … des épiciers.

Quelle ne fut pas ma surprise il y a quelques jours d’apprendre que désormais, dans un pays, la France, dont la moitié des problèmes pourrait tout simplement être résolue par une meilleure gestion de son taux d’emploi, le président de la SNCF venait, dans son coin, de revenir subrepticement sur la politique de retraite obtenue à grand-peine après six mois voire plusieurs années de blocage divers et variés sous le prétexte fallacieux du blocage du pays par les cheminots pendant les JO. Immédiatement derrière les aiguilleurs du ciel ont suivi et l’on nous parle déjà des éboueurs. Depuis la RATP s’est mise sur les rangs, la SNCF a remis le couvert, et tous les jours de nouveau candidats se présentent. On parle déjà de plusieurs centaines de Millions d’€ cumulés ! Tous ces gens sont des héros de l’intérêt général et usent et abusent en permanence de leur capacité de blocage de la vie des citoyens « normaux » et autres touristes, ou spectateurs. Ces derniers ne doivent pas faire partie semble-t-il du sacro-saint « intérêt général » ou alors de très loin.

D’aucuns rétorqueront que le droit de grève est légitime et constitutionnel et surtout un moyen de trouver un équilibre entre employeurs et employés, que la vie économique est faite de rapports de force et que cette période est très favorable, pour eux bien entendu, même si cela se termine en bout de chaîne par une augmentation des déficits et des dettes du pays. Certes tout ceci est vrai, mais soyons honnêtes :  cela n’a rien à faire  avec l’intérêt général et beaucoup avec les intérêts particuliers  et les possibilités extraordinaires de blocage de la société  par ces groupes de pression.

Ce que l’on oublie de rappeler  c’est que tout ceci n’est possible  que grâce à  l’existence  de statuts particuliers et protecteurs, souvent assis sur des monopoles, justifiés  depuis toujours  par l’intérêt général. S’il n’y a plus d’intérêt général, il faut abolir les statuts particuliers ou pour le moins, les aménager largement.

La difficulté de nos sociétés modernes c’est que l’accroissement de la richesse d’un pays, ainsi qu’on  pourra le (re) lire dans un article du 10 Mai2 est liée très étroitement  à l’amélioration de la productivité laquelle exige de plus en plus complexité et collaboration. Nous avons également décrit preuves à l’appui que la mondialisation (c’est-à-dire en fait une collaboration raisonnable de l’ensemble des pays du monde) avait permis de diviser la pauvreté de ce même monde par 5 en 40 ans !3  Tout ceci est parfaitement transposable à l’échelle d’une nation : si chacun tire la couverture à lui, le résultat, sur le moyen terme au moins, est une baisse de la richesse de tous et, plus la société se complexifie, plus les moyens de thrombose se multiplient. D’ores et déjà, il est facile de bloquer le pays si l’on est dans le domaine de la mobilité (SNCF, Air France, aéroport de Paris, camionneurs, aiguilleurs du ciel, pilote de ligne …) ou susceptible de la dégrader sévèrement (motards, camionneurs, paysans …) mais également dans nombre d’administrations (système de santé, éducation, …) et j’en oublie certainement.

Tous ces systèmes ont comme caractéristique commune d’échapper peu ou prou à la concurrence et ….  de « défendre l’intérêt général ». À cela il faut ajouter une solide tradition historique et des systèmes de protection bien rodés comme le statut de la fonction publique par exemple, celui des professeurs celui des fonctions médicales, celui de la SNCF,  des aiguilleurs du ciel ….

On a du mal à imaginer aujourd’hui que les supermarchés puissent être fermés pendant trois semaines : dans ce cas comment se nourrir ?4 Ou que les banques suspendent les virements, y compris les salaires pendant un mois, et pourquoi non ? ou le blocage d’internet ? Tout simplement parce que cela ne s’est pas encore fait et que ces activités qualifiées d’épicerie sont en concurrence et sans protection. Et puis elles ne sont pas cataloguées d’intérêt général. Ce n’est pas l’avis des habitants de Gaza semble-t-il. Nous avons donc deux voies possibles :

  • soit donner la possibilité à tout le monde de bloquer la machine à son tour comme les autres, car après tout un épicier ou un banquier est aussi utile à la survie de l’espèce qu’un contrôleur des impôts, voire un enseignant.
  • soit désécuriser les professions protégées en introduisant de la concurrence dans leur univers ou en aménageant  les statuts.

Je suppose que je ne suis pas le seul français qui a été surpris d’apprendre que dans la nouvelle législation concernant les préavis de grève, destiné à canaliser quelque peu les désordres en particulier dans les transports, il est possible désormais de déposer un préavis de grève utilisable pendant les six mois qui suivent ! Pourquoi pas un siècle ? Une autre bonne idée serait certainement de prendre l’habitude de revenir (à la Trump) sur les situations acquises. Après tout, le régime des retraites de la SNCF pour prendre cet exemple a été modifié par l’État dans un premier temps, puis il a été « réaménagé » par le directeur général actuellement en fonction : il suffit de revenir en arrière dès que ce dernier aura tourné les talons. Les cheminots « surfavorisés » par l’abus du motif des J.O. n’auront duré que l’espace d’un instant.

La défense de l’intérêt général est une antienne malhonnête dont des castes de privilégiés usent et abusent à longueur de temps. Ne venons-nous pas d’ailleurs de voir le Crédit Mutuel, société coopérative à privilèges fiscaux non négligeables, décider de verser une rémunération certes modeste pour le moment à ses mutualistes ( différence avec un dividende ? sinon le nom). N’ayez crainte elle grossira avec le temps. Je ne sais plus quel ministre demandais à ses collègues que l’on se méfie de la suppression des niches fiscales, car dans chaque niche il y avait un chien. L’examen attentif des situations montre que dans la défense de l’intérêt général il y a pratiquement toujours une gentille somme d’intérêts particuliers.

  1. Médecin, sauveteur, intellectuel, artiste … ↩︎
  2. « C’est la productivité qui crée la richesse » du 10 Mai 2024 par GD ↩︎
  3. « Mondialisation agriculture et pauvreté! » du 22 Mars 2024 par YB ↩︎
  4.  constaté en vraie grandeur à ce jour à Gaza et en Nouvelle-Calédonie : résultat la famine en 2024 ! ↩︎

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4 commentaires

Henri Giraud mai 24, 2024 - 12:16 pm

Bravo pour cet article qui exprime ce que de nombreux français pensent
le diffuser par la presse écrite serait intéressant mais elle est souvent muselée par les groupes de pression
et organisations syndicales

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zelectron mai 24, 2024 - 12:56 pm

le terme bien mérité de sévices publiques s’applique sans précautions !
nous savons tous que cette masse fait chanter les gouvernements successifs à travers les syndicats qui exigent des augmentations de salaires et d’effectifs avec en contre-parties des promesses en l’air.

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Yves Montenay mai 25, 2024 - 2:55 pm

Le mot clé de tout cela, c’est « productivité ». On ne peut recevoir plus que si on produit plus. Si on veut recevoir plus sans produire plus, il faut le prendre quelque part : sur un autre Français ou sur un étranger (l’endettement)
Il est donc dommage que le mot garde une connotation technique, comme s’il était réservé aux ingénieurs !

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Eplf IRDEME mai 25, 2024 - 10:08 pm

Le problème de la productivité, c’est qu’il faut diminuer les effectifs quand la demande augmente moins vite.
Toutes les activités dont la demande n’augmente pas, voire baisse, sont arcboutées contre tout effort de productivité.
Le problème, ce sont les monopoles consolidés par de lois et équivalent.

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