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Réindustrialisation : les atouts de la France

par Yves Buchsenschutz
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Il est devenu complètement banal, sinon admis, que la France a un besoin urgent de réindustrialisation. Que ce soit pour des raisons de gestion de pénuries qui ont éclaté pendant la crise du COVID – mais également lors de la (dé)mondialisation sauvage[[Explosion en vol de la coopération et de la Supply Chain mondiale.]] que nous sommes en train d’essayer de gérer –, pour des raisons d’amélioration globale du niveau de vie et du PIB de notre pays (lequel a pris beaucoup de retard), ou enfin pour gérer sans trop de dégâts pour la population le devenu sacro-saint « changement climatique », la France a un besoin urgent d’investissements et de croissance supplémentaire. Cette nécessité acquise, les annonces, décisions et articles pleuvent à l’envi sur ce sujet. C’est pourtant probablement un des plus difficiles. Avant de se pencher sur les solutions, examinons quelque peu notre situation.

Contrairement aux apparences, la France a un certain nombre d’atouts à ce sujet mais aussi des points faibles. Nous sommes partis (et pourquoi pas) du livre de Nicolas Dufourq La Désindustrialisation de la France et surtout des multiples interviews des patrons d’entreprise pour tenter d’extraire la substantifique moelle.

• Constat numéro un : sur le plan des infrastructures, la France est incontestablement un pays attirant.

Bien situé en Europe, c’est un pays bien équipé en infrastructures (réseau routier, autoroutes, TGV, aéroports, urbanisation). Énergie, eau, et espaces sont, au moins pour le moment, largement disponibles et accessibles. Les commodités modernes : téléphonie, Internet, densité et maillage de population : pas très dense mais sans zone désertiques non plus.[[La non disponibilité d’espace en France est un mythe : nous avons probablement la plus faible densité de population d’Europe. Le nucléaire, par ailleurs, donne un avantage de coût énergétique à la France depuis plusieurs décennies.]]
Globalement, grâce, de plus, à un climat tempéré et diversifié, il est généralement admis qu’il y fait bon vivre.

• Constat numéro deux : sur le plan de l’accueil, la France se révèle un pays très moyen !

La création d’une entreprise est un steeple-chase qui demande, au moins pour de l’industriel, près d’un an et demi quand il faut six mois ou moins dans nombre d’autres pays européens. Les contraintes administratives sont multiples et complexes, les organismes innombrables, et pour couronner le tout : la France est un pays où il faut commencer à payer des impôts, en particulier de production, avant d’avoir réalisé le moindre euro de chiffre d’affaires.

Si les maires sont en général plutôt preneurs de nouvelles entreprises (car ils voient déjà venir des cotisations et taxes locales), les populations en revanche freinent le plus souvent en dépit de la création d’emplois et notamment pour des raisons « écologiques ». Nous sommes les champions du NIMBY[[Not In My Back Yard. Oui, mais pas chez moi ! Voir « La Brioche dorée »]]. À ce propos, renseignez-vous sur l’extraordinaire réussite de Malaga en Espagne : de l’avis de ses édiles : « la recette c’est d’aimer les gens qui viennent vous voir » et donc de répondre le plus souvent possible positivement à leurs demandes et questions. L’administration d’une manière générale est trop compliquée, en particulier pour des jeunes entreprises débutantes.

• Constat numéro trois : charges et fiscalité. Sur ce plan, la France est un mauvais élève. Trop d’impôts, trop de charges, trop complexe, et des impôts de production trop lourds déjà signalés plus haut. Le poids et l’interventionnisme de l’État dans notre pays est en définitive un handicap pour des entrepreneurs par définition plutôt individualistes et risqueurs.

• Constat numéro quatre : la main-d’œuvre devrait, ne serait-ce qu’à cause du chômage resté élevé, être largement disponible, or elle n’est pas au rendez-vous. Nous avons des problèmes d’orientation, de formation, d’apprentissage (en cours d’amélioration, il est vrai), de gestion des aides qui deviennent des trappes (en cours de correction également), d’adéquation entre l’offre et la demande et enfin des relations sociales conflictuelles (grèves, mélange syndicalisme et politique, corporatisme, etc.). Une force cachée est, grâce à une natalité moins dégradée que dans les autres pays d’Europe, une disponibilité de jeunes plus importante, mais ceux-ci ont également plus de mal à s’insérer dans le processus productif que dans d’autres pays. L’entreprise en France garde par ailleurs, au moins en général, une assez mauvaise presse.[[En France l’entreprise est encore un lieu d’exploitation avant d’être une source de richesse.]]

• Constat numéro cinq : des financements en demi-teinte. Ainsi que le signalait Bernard Zimmern, la création d’une entreprise qui créera de l’emploi, c’est au départ de préférence 1 million d’euros de capital et 10 salariés. La volonté « égalitaire » de nos gouvernements successifs fait que cette équation n’est pas toujours facile à réaliser. Pourtant, les Français épargnent mais c’est sur le livret A ou en assurance-vie, c’est-à-dire sans risque ni de perte, ni de gain important d’ailleurs. Le financement se fait donc essentiellement par les banques, par la BPI que bien entendu tous les interviewés remercient, un peu par les fonds d’amorçage et d’investissement[[À noter qu’en France la prise de risque est à la fois mal vue et maltraitée ! Peu de possibilités de compenser pertes et gains.]] mais moins développés que dans les autres pays. Les subventions et/ou dégrèvements d’impôts sont bien entendus toujours les bienvenus mais difficiles à orienter. Une voie à explorer peut-être serait a minima l’amélioration des réinvestissements, une autre des aides directes du genre de celle concernant l’apprentissage (voir les articles de Claude Sicard).

À noter que c’est également – et la plupart des interviewés le soulignent – du temps. Une construction industrielle se fait en 20 ans voire plus et tous bénissent le pacte Dutreil, lequel a introduit un peu de durée familiale dans le système.

• Constat numéro six : le désir ou l’envie d’entreprendre et/ou de s’enrichir. J’ai pu entendre personnellement Jacques Delors énonçant cette affirmation dans une conférence : un cadre supérieur qui « réussit » arrive à la fin de sa vie à être propriétaire de son appartement à Paris (ce qui n’est déjà pas si mal) mais si vous voulez vous enrichir, il faut créer une entreprise (et arriver à la développer) ! De ce point de vue, la France a fait, semble-t-il, de gros progrès. Il y a deux générations, les jeunes diplômés voulaient tous rejoindre une société du CAC 40, aujourd’hui 30 % d’entre eux veulent créer leur affaire !? Ces chiffres sont bien entendus déclaratifs et, de plus, tous ne réussiront pas mais, au moins, le levain est dans la pâte. Comment le transformer en réalité sinon en facilitant au maximum ce type de démarche ?[N’aidons pas mais simplifions !]

• Constat numéro sept : les nécessités concomitantes, de croissance, d’innovation et d’exportation. Tous les interviewés le disent, que dis-je, le crient : notre pays, sauf cas très précis et souvent particulier aura du mal à récupérer des parts de marché sur des produits traditionnels, en particulier si les coûts de main-d’œuvre y sont importants. Et l’on comprend facilement pourquoi, tant que les transports seront fiables et bon marché. La France a cependant un certain nombre d’atouts sur les produits innovants, haut-de-gamme, exportables. Nos champions, d’ailleurs, s’appellent LVMH, Hermès, Dassault, L’Oréal, Évian, cognac, champagne, Tefal ou Seb, etc. Toutes ces sociétés insistent sur la transformation permanente du produit en un service améliorable et amélioré au client. Accessoirement, elles intègrent un certain patriotisme en fabricant, chaque fois que faire se peut, dans notre pays mais pourrait probablement encore améliorer leurs performances en développant la chasse en meute mieux pratiquée par les Allemands. Elles ont compris que le levier principal de création de valeur est la croissance (rentable), même s’il est quelque part dissimulé dans la valeur à la revente de l’entreprise, et peu apparent dans son exploitation[[ Si une affaire se vend environ deux fois le chiffre d’affaires, une augmentation de ce dernier de 10 % augmentera sa valeur à due proportion ce qui est en général largement supérieur au bénéfice officiel annuel.]].

Conclusions : ces constats ne sont pas exhaustifs, bien entendus, mais donnent une vision de l’état de l’union. La France a des atouts mais elle ne les utilise pas à l’optimum. Elle est pourtant en voie de déclassement régulier y compris à l’intérieur de l’OCDE. De nombreux Français se plaignent des inégalités, d’autres voient arriver avec crainte le changement climatique : la seule certitude, c’est que ce n’est pas en se repliant sur nous-mêmes et en refusant les risques et contraintes de l’avenir que nous améliorerons la situation. Reste à trouver les bons compromis entre les différentes contraintes ainsi que l’énergie, et la volonté pour réagir : il n’est pas trop tard mais il n’est que temps !

 

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2 commentaires

moulin juin 16, 2023 - 11:59 am

Réindustrialisation : comment redémarrer le redémarrage ?
Beau programme… mais comment l’enclencher ?

Autoriser les entreprises en croissance plus rapide que la croissance moyenne (yen a forcément ) à accueillir en formation sur le tas , en équipes, les disponibles volontaires, en ne leur payant que les frais pour venir travailler et en leur laissant leurs indemnités et autres ressources reçues de la collectivité. Bien sur le nb de personnes accueillables seraient limitées selon les cotisations chômage et impôts divers payés par l’entreprise, et ce nb serait reconstitué au fur et à mesure des embauches de ces « apprentis » . Il faut d’abord aider à grandir ceux qui savent déjà grandir grace à une supériorité d’entreprise.

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zelectron juin 16, 2023 - 5:18 pm

Réindustrialisation : les carences de la France
Indépendamment du temps qu’il va falloir et de la formation des ingénieurs et scientifiques qui ne se font pas d’un YAKA YFOKON avec un claquement de doigt, enquêtez donc sur le nombre de fabricants purement français de moteurs électriques, de vis et d’écrous, de modules mécaniques d’automatismes, d’électronique basique, de chimistes, et bien d’autres . . . . le savoir faire est parti ou même évaporé/cassé en mars 1982 lors de l’ordonnance sur la retraite à 60 ans (au lieu de 65) voire 58 et inouïe pire à 56 ans, résultat: la transmission à été cassée instantanément et le nombre des suicides de ces nouveaux désœuvrés à brusquement augmenté.
Ces mesures (1er avril 1983) dont les instigateurs (Mitterrand/Mauroy) n’avaient pas mesuré les effets délétères, perdurent encore de nos jours.
En résumé il s’agit là d’une tâche de (très)longue haleine dont les politiques veulent cacher la réalité.

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