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Le danger des idéologies

par Claude Sicard
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Le XXe siècle a été marqué par  deux grandes idéologies : le nazisme et le communisme totalitaire, et l’on sait combien elles ont fait de mal à l’humanité. Le terme « idéologie » est apparu à la fin du XVIIIe siècle, avec Destrutt de Tracy, dans son « Mémoire sur la faculté de penser », et c’est avec Karl Marx que l’idéologie a revêtu son sens contemporain.

Jacques Lesourne nous dit, dans « Les crises et le XXe siècle », que : « ce sont des doubles des religions » ; et, de leur côté,  les anthropologues expliquent : « Ce sont des mythes et des représentations qui gouvernent la conduite des individus, ou des groupes humains, en structurant leur imaginaire », et ils ajoutent : « Le contraire de l’idéologie, c‘est la réalité ». Ce qu’il faut bien voir, donc, c’est que les idéologies sont dangereuses en ce sens, nous avertit Jean-François  Revel, qu’ « elles pensent à notre place » ; en s’y fiant, on oublie de penser ! Aussi, ce que l’on constate, c’est que les hommes s’y soumettent  très aisément, et cela pose donc question ! Avec l’actualité qui oppose, aujourd’hui, l’Iran à Israël on voit qu’il s’est développé dans la République des Mollahs une violente idéologie anti-Israël qui va  jusqu’à fixer pour objectif à ce peuple la destruction de l’Etat juif en recourant, lorsque ce sera possible, à l’arme atomique.  En conséquence, les Etats-Unis se sont mobilisés pour voler au secours de leur allié, l’Etat Hébreux, d’où le difficile conflit qui existe aujourd’hui au Moyen-Orient et qui embrase toute cette région. On assiste donc, là, à nouveau, aux effets pervers d’une idéologie : il s’agit, en l’occurrence, à la fois d’antisionisme et d’antisémitisme! Et l’on pourrait citer bien d‘autres cas d’idéologies ayant eu des vogues très longues, avec des effets qui ont été considérés finalement comme pervers.
 

ll y eut, par exemple, au XIX siècle, l’idéologie de « La civilisation supérieure » au nom de laquelle un grand nombre de pays occidentaux sont allés, en toute bonne conscience, apporter notre civilisation aux pays restés en arrière de la main en matière économique. On a donné à ce phénomène le nom de « colonialisme », avec deux significations sous-jacentes : « occupation », et « mise en tutelle ». On se souvient que Jules Ferry avait déclaré, à l’Assemblée Nationale française, le 28 juillet 1885 : « Il y a pour  les races supérieures un droit, parce qu’il y a un devoir, de civiliser les races inférieures ». Les anciens pays colonisés   nourrissent aujourd’hui, en conséquence, de vifs ressentiments  à l’égard des pays occidentaux, et ils se coalisent volontiers  contre eux, avec un évident sentiment de revanche.

Et il faut mentionner, aussi, la fameuse  idéologie marxiste lancée sensiblement à la même époque par Karl Marx et son disciple Friedrich Engels, qui eut le  succès mondial que l’on sait. La civilisation industrielle, née en Angleterre, créa très vite, au XIXe siècle, une nouvelle classe de  personnes privilégiés, qui prit en France le relai des deux  classes sociales que la Révolution de 1789 avait farouchement combattues, à savoir les nobles et le  haut-clergé. Il s’est très vite mis en place, en effet, et dans toute l’Europe,  la classe des « bourgeois- capitalistes », une nouvelle classe de possédants qui a mis en état de dépendance  le prolétariat ouvrier de chaque pays. Marx et son disciple ont vivement combattu ces nouveaux privilégiés, développant la thèse de l’exploitation éhontée par les capitalistes de la classe ouvrière (la thèse de « la plus value capitaliste » que s’approprieraient, injustement, les « patrons »), et ils ont proposé aux ouvriers « l’expropriation capitaliste », ce qui permettrait d’en arriver à une société idéale où il n’y aurait plus d’exploitation des hommes par d’autres hommes. Et, en France, avec la Charte d’Amiens de 1906, le syndicalisme s’est  fougueusement emparé de cette thèse, décidant d‘être à caractère révolutionnaire. On eut donc, à partir de là, dans notre pays un syndicalisme luttant en permanence  contre les « patrons » pour les déposséder, ce qui a affaibli peu à peu notre économie au point qu’elle se trouve, maintenant, dans un  état léthargique avancé. Dans les autres pays européens il n’en a pas été de même, car le syndicalisme s’y  est voulu réformateur et non pas révolutionnaire, en sorte que l’économie dans ces pays s’en trouve beaucoup plus riche et dynamique  que la nôtre, comme c’est le cas de la Suisse, des pays scandinaves,  et de l’Allemagne.

Un autre exemple d’idéologie emportant les esprits est constitué par l’idéologie des droits de l’Homme. Cette idéologie est devenue, en Europe, une religion séculière. C’est ce que déplore  Jean-Louis Harouel dan son ouvrage « Les droits de l’Homme contre le Peuple », paru en 2016. Il nous dit : « La très vertueuse religion séculière des droits de l’homme trace aux Européens le devoir de disparaitre en souriant pour faire place à d’autres peuples et à d’autres civilisations ».Le devoir de charité, rappelle Jean-Louis Harouel, est un devoir strictement personnel, et la religion des droits de l’homme voudrait l’étendre aux Etats, alors que le rôle d’un chef d’Etat n’est pas de faire mondialement de la charité, mais de défendre, tout simplement, les intérêts de son peuple : il n’est, en aucune manière, d’appliquer à sa nation des devoirs qui s’imposent personnellement à des individus ,du moins s’ils relèvent de la religion chrétienne. Il faut rappeler, d’ailleurs, que dans le cas de la France, l’Etat est laïc: il n’a pas de religion !

Autre exemple, aussi : celui des écologistes  qui souhaiteraient que l’on ferme, dans notre pays, toutes les usines pour sauver la planète, ceci en ne se rendant pas compte que l’industrie française n’intervient, au plan mondial, que seulement pour 0,15 % dans la pollution du globe : il s’agit, il ne faut  pas se tromper, d’un combat qui est à mener avant tout en Chine et dans les pays du Tiers-monde qui sont les gros émetteurs de  Gaz à effet de serre, les fameux GES, la Chine intervenant, à elle seule, pour 30 %. On voit que le 0,15 % français ne changerait rien dans cette affaire.

Et nous prendrons un dernier exemple qui illustre parfaitement le fait qu’avec une idéologie on se dispense de penser: l’exemple de l’idéologie libérale appliquée aveuglément aux échanges mondiaux au lendemain de la dernière guerre. Le credo libéral postule que le développement et la libération du commerce  conduisent automatiquement  à la prospérité générale et à la démocratie, et, ainsi, in fine, à la paix dans le monde. Aussi, dès la fin de la dernière guerre, les Occidentaux ont tenu à réorganiser le commerce mondial pour le faire évoluer vers un accroissement continuel des échanges commerciaux entre les pays du globe. Il y eut, en 1947, la création du GATT, avec 23 participants, et l’on en est venu, finalement, à l’OMC (l’Organisation Mondiale du Commerce) en 1995, une organisation qui comporte 166 membres aujourd’hui et qui interdit que l’on mette en place des barrières douanières ou qu’un Etat apporte son soutien aux entreprises. La Chine, après de longues négociations, est entrée, elle aussi, dans l’OMC, en 2001, et elle est devenue en très peu d’années l’ « usine du monde » : jamais aucun pays n’avait connu une telle croissance économique en deux décennies ! La Chine a bien vu, évidemment, tout le profit qu’elle allait pouvoir tirer de la façon dont les Occidentaux organisaient le fonctionnement de la planète, et elle est devenue un pays qui rivalise  dangereusement, maintenant, avec les Etats-Unis d’Amérique, à la fois sur le plan scientifique et sur le plan militaire ; mais elle n’a pas accédé pour autant à la démocratie. Il s’est mis en place, dans cet immense pays, une « économie socialiste de marché », et la Chine est toujours sous la coupe du parti communiste chinois qui combine capitalisme et contrôle politique de la société. En somme, c’est l’application aveugle de l’idéologie libérale par les dirigeants américains qui a créé la Chine d’aujourd’hui. L’erreur faite par les Occidentaux a consisté à appliquer aveuglement l’idéologie  du libéralisme économique, sans réfléchir, c’est-à-dire sans procéder préalablement à une réflexion stratégique : il aurait fallu se fier aux recommandations de notre premier prix Nobel d’économie : un certain Maurice Allais. Ce grand économiste français avait averti qu’il fallait procéder à une ouverture libérale des échanges de biens et services « seulement entre pays  ayant un même niveau de développement économique », mais il n’a pas été écouté. Aussi, le grand économiste américain Paul Samuelson dira, en 1982 : « Si les premiers écrits de Maurice Allais avaient été rédigés en anglais, une génération entière d’économistes aurait suivi une autre voie » ; et la Chine ne serait pas ce qu’elle est aujourd’hui.

Les systèmes en « isme » ont toujours pour auteurs des maîtres à penser : Marx et Engels pour le marxisme, Adam Smith  et Stuart Mill pour le libéralisme, Hassan El Bana et   Sayyed Qutb pour l’islamisme, etc……. Et l’on constate qu’il faut généralement des temps très longs pour en apprécier les effets réels et juger s’il faut poursuivre dans la même voie ou les abandonner. La plupart du temps on en arrive à conclure qu’il faut les abandonner. Le Marxisme a été en vogue du milieu du XIXe siècle à la chute de l’URSS, en 1991 ; le libéralisme va de la fin du XVIIIe siècle à aujourd’hui, et l’on va peut-être devoir considérer, avec la réussite foudroyante de la Chine, que le système chinois de conduite d‘une économie est finalement supérieur au système libéral pour créer de la richesse. Et pour ce qui de l’islamisme, on sait qu’il est en pleine ascension, alors que le droit de l’hommisme se trouve, lui,  dans sa phase de maturité. Quant au colonialisme, il est tout à fait démodé : dans le cas français, des hommes politiques d’envergure comme Pierre Mendes-France et Charles de Gaulle y ont mis fin. Ces différents systèmes ont eu, ou ont toujours, leur vogue, avec des nombres considérables  d’aficionados, car les personnes ayant une pensée autonome ne constituent, dans  nos sociétés, qu’une infime minorité.  La conformation à une idéologie est un phénomène addictif : on ne peut pas s’empêcher d’y adhérer ! Les individus qui s’opposent à l’application d’une idéologie sont très vite dénigrés et mis à l’écart : ceux qui s’opposent  au libéralisme économique sont des dirigistes rétrogrades, ceux qui s’opposent à l’idéologie des droits de l’homme sont qualifiés de fascistes démodés, etc…… :il, s’agit bien d’un phénomène d’addiction. Dans un article récent, nous avons montré comment s’est développée dans le monde de l’islam une forte idéologie antioccidentale : il en résulte qu’en France 57 % des jeunes issus de l’immigration musulmane estiment que les lois de l’islam sont supérieures à celles de la République, et que, dans  le monde musulman, un bon nombre de croyants pensent que la terre est plate, alors que les Occidentaux prétendent, avec leur science avancée, qu’elle est ronde.

Les systèmes en « isme »s’imposent à certains moments dans les sociétés humaines et sont considérés comme des vérités incontournables : cela dure un temps, et l’on adhère ensuite à d’autres croyances. On se souvient de ce que disait Marc Twain : « Le danger, ce n’est pas ce qu’on ignore : c’est ce que l’on tient pour certain, et qui ne l’est pas ».

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