La revue Que Choisir, dans son numéro 655 bis de janvier 2026, publie une étude intitulée « Chocolat : révélations sur un plaisir toxique ». Ces révélations concernent moins la présence de cadmium dans le chocolat, déjà connue, que la concentration de ce métal dans des tablettes prétendument « bio » et « éthiques ».
L’étude de Que Choisir signale les risques liés à la consommation, dans le chocolat et les produits chocolatés, de quantités excessives de cadmium, un métal lourd dont les effets toxiques sont pointés du doigt : fragilisation des os, dommages rénaux, rôle suspecté dans la détérioration de l’ADN et dans le fort accroissement du cancer du pancréas.
Entre un quart et la moitié des adultes seraient exposés à des doses de cadmium posant problème. Les autorités sanitaires ont longtemps considéré que le chocolat ne contribuait pas de façon majeure à cette exposition. Mais, selon Que Choisir, il s’avère, d’une part, que la mesure de cette contribution est sous-estimée, tous les produits chocolatés n’étant pas recensés, et d’autre part, que l’estimation de la contribution moyenne du chocolat en cadmium cache d’importantes disparités.
Ces disparités sont elles-mêmes liées à celles de la consommation, aux capacités inégales des organismes face à l’exposition au cadmium -les jeunes enfants sont plus fragiles devant cela que les adultes- et aux teneurs inégales en cadmium du chocolat ou des produits chocolatés vendus.
C’est sur ce dernier aspect que l’étude de Que Choisir s’est focalisée, conformément à la vocation de ce périodique. Ce sujet peut acquérir un poids déterminant si les teneurs en cadmium des différents produits sont très inégales : en tenant compte des autres sources d’exposition au cadmium, une partie des consommateurs de chocolat, de ce fait, peut se trouver très vite en zone de risque. Or, précisément, l’étude de Que Choisir fait ressortir des différences importantes des teneurs en cadmium selon les origines du chocolat.
L’étude a approfondi l’analyse de données recueillies en 2021 et 2022 sur une quarantaine de tablettes de chocolat et de produits cacaotés différents. Que Choisir a calculé, pour une dose quotidienne standard absorbée, quel était le pourcentage du seuil de consommation de cadmium « à risque » atteint après l’absorption de cette dose. Pour les produits cacaotés, on restait assez en dessous du seuil de risque ; les disparités entre produits étaient faibles pour les adultes, mais plus élevées pour les enfants : les écarts de taux d’exposition au cadmium étaient tout de même de l’ordre de 1 à 3 pour ces derniers.
Le diagnostic était nettement plus inquiétant en ce qui concerne les tablettes de chocolat. La comparaison a porté sur une vingtaine de tablettes standard de chocolat noir (en général, avec une teneur de 70-75 % en cacao). La consommation quotidienne considérée est de 20 g, ce qui représente seulement deux carrés d’une tablette de 100 g, deux carrés et demi pour une tablette de 80 g. Des écarts considérables de teneur en cadmium ont été observés parmi les produits testés : près de 1 à 20 pour les adultes, 1 à 40 pour les enfants. Pour un quart de ces produits, deux carrés par jour suffisaient aux enfants pour absorber au moins la moitié de la dose quotidienne « à risque » de cadmium.
Ces doses excessives de cadmium se concentraient dans une catégorie bien précise de produits : les tablettes … étiquetées « bio ». Et, parmi ces produits bio, chez les marques affichant un engagement « éthique » : soutien dit équitable aux petits producteurs, développement durable, neutralité carbone, lutte contre la déforestation.
Tablettes de chocolat noir : les 7 pires et les 7 meilleurs produits pour l’exposition des enfants au cadmium, avec 20 g (2 carrés) par jour, selon Que Choisir

À quoi cela tenait-il ? Principalement, au fait que les régions de production de ces tablettes sont en Amérique latine, sur des terres plus riches en cadmium qu’en Afrique ou dans d’autres zones. L’accord de libre-échange avec le Mercosur, qui baissera les droits de douane sur les produits agricoles d’Amérique latine, va accroître l’intérêt économique, pour les commerçants européens, d’importer de là-bas ces fèves bourrées de cadmium, plutôt que de se tourner vers d’autres régions du monde.
L’article de Que Choisir laisse percer une certaine gêne devant ces constats. La parole est largement donnée au représentant des entreprises bio, qui cherche à minimiser le problème. L’article se borne à exprimer un vœu pieux : « privilégier le chocolat bio dont les fèves ne sont pas importées d’Amérique latine », ce qui, reconnaît Que Choisir, « n’est pas chose facile » -et le sera encore moins après l’accord avec le Mercosur.
Reste heureusement une solution, apparemment privilégiée par Que Choisir : moins manger de chocolat, car ses bienfaits ne sont pas prouvés et sa culture participe « de façon non négligeable à la destruction des forêts tropicales ». Ouf ! au lieu de bannir le chocolat bio et équitable, faisons donc pénitence, jeûne et abstinence quel que soit le chocolat, et la morale sera sauve.
Que Choisir reste complètement muet sur un dernier sujet qui, pourtant, devrait correspondre à sa mission d’informer le consommateur : à quel prix sont vendues ces tablettes, bio ou non-bio, riches ou non en cadmium ?
Pour essayer de combler cette surprenante lacune, je me suis rendu dans deux magasins de mon quartier (Monoprix et Carrefour) pour relever les prix, affichés le 3 janvier 2026, de quelques-unes des tablettes figurant sur la liste de Que Choisir. Le résultat de ce mini-audit est synthétisé dans le tableau ci-après :

Pour pouvoir rémunérer les petits producteurs péruviens très au-dessus de ce que vaut leur cacao sur le marché, Mme Michu doit payer son chocolat « éthique » -mais plein de cadmium, selon Que Choisir– 30 ou 40 % plus cher que M. Dupont, qui reste fidèle aux bonnes vieilles marques. N’est-ce pas cela, d’abord, qui aurait dû être signalé par Que Choisir pour éclairer les choix de ses lecteurs ?
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