Page d'accueil Revue de presse Pour la création d’une Commission parlementaire visant à établir les raisons du déclin économique de la France

Pour la création d’une Commission parlementaire visant à établir les raisons du déclin économique de la France

par Claude Sicard
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L’économie française, depuis la fin des Trente Glorieuses, réalise de très mauvaises performances, bien inférieures à celles de tous les autres pays européens. Il serait donc temps de comprendre à la fois quelles en sont les raisons et pourquoi nos dirigeants n’ont pas cherché à y remédier. On peut soupçonner que des fautes aient été commises par nos responsables politiques et/ou par des responsables placés à de hauts niveaux dans l’administration du pays, et il paraît donc nécessaire de mettre en place une commission d’enquête parlementaire, à l’image de ce qui vient d’être fait à propos de notre secteur nucléaire.

Une commission d’enquête a, en effet, été créée à l’Assemblée nationale par la Conférence des présidents, le 11 octobre 2022, visant à « établir les raisons de la perte de souveraineté et d’indépendance énergétique de la France ». La présidence en a été confiée à Raphaël Schellenberger et le député Antoine Armand en a été nommé rapporteur. Cette commission a travaillé intensément et elle a finalement remis son rapport le 6 avril dernier, après avoir procédé à 150 heures d’audition de responsables à différents niveaux, dont deux anciens présidents de la République. Les conclusions de cette commission sont très sévères et il en résulte une trentaine de recommandations extrêmement utiles pour l’avenir de notre pays. Et, rappelons qu’une commission d’enquête a aussi été créée au Sénat sur « L’influence croissante des cabinets de conseil privés sur les politiques publiques ». De telles commissions d’enquête sont très précieuses. Il va s’agir avec celle dont nous proposons la création de rechercher les raisons pour lesquelles notre économie est bien moins performante que les autres économies européennes, et situer où se trouvent dans nos administrations les responsables d’une telle dérive de notre économie. C’est une urgence car il s’agit à présent de remonter la pente, et il ne faudrait surtout pas retomber dans les travers qui ont conduit à la situation actuelle.

Article paru sur Contrepoints le 18 mai 2023 sous le titre Et si on s’intéressait aux sources des difficultés économiques de la France ?

La France, un pays aux mauvaises performances économiques

Le service des statistiques des Nations Unies (UNSD) a publié en 2018 les résultats d’une étude montrant comment ont évolué sur une longue période les économies d’un certain nombre de pays, en se référant à leur PIB/capita, qui est l’indicateur de richesse qu’utilisent les économistes. Nous indiquons donc, ci-dessous, les évolutions qu’ont connus les grands pays européens, en y rajoutant le cas d’Israël qui est particulièrement exemplaire :

PIB/tête (US dollars courants)
1980 2000 2017 Multiplicateur
Israël 6.393 21.990 42.452 6,64
Espagne 6.141 14.556 28.356 4,61
Suisse 18.879 37.937 80.101 4,25
Danemark 13.881 30.734 57.533 4,13
Allemagne 12.091 23.929 44.976 3,71
Pays-Bas 13.794 20.148 48.754 3,52
Suède 16.864 29.292 54.043 3,21
France 12.669 22.161 38.415 3,03
(ONU : Statistics Division)

Comme on le voit, les performances économiques de la France ont été durant toute cette période bien inférieures à celles des autres pays européens. Il aurait fallu, pour le moins, que l’on en soit à un multiplicateur 4, ce qui aurait conduit notre PIB à être environ 30 % plus élevé qu’il n’est aujourd’hui. Notre taux de dépenses publiques serait alors de 40 %, c’est-à-dire conforme au taux moyen des dépenses publiques de l’Union européenne (42,5 %), et notre taux d’endettement se trouverait ramené à 78 % par rapport au PIB.

Quelques avertissements qui n’ont pas été entendus

Il est évidemment impossible que cette dérive de notre économie ait échappé aux services du Trésor, et l’on trouve bien, sur le site de cette grande administration, trace de diverses études mentionnant ce problème. Une étude, par exemple, portant sur la période 1975-2013, dressait le constat suivant : « Le PIB/tête, en France, a crû moins vite que celui des États-Unis, et dans une mesure moindre de l’Allemagne et des pays du Nord. Le déficit de croissance moyen en matière de PIB/habitant est de 0,4 points par an, par rapport aux pays riches ». Et un certain nombre d’économistes ont, eux aussi, tiré la sonnette d’alarme. Par exemple, Philippe Aghion et Élie Cohen qui ont publié ensemble, en avril 2014 Changer de modèle, un ouvrage dans lequel ils déclaraient : « Alors que les PIB par tête en Suède et en France étaient comparables en 1980, la Suède est à 10 points au dessus. La France se paupérise par rapport à de nombreux autres pays : elle reste dans la moyenne de la Zone euro parce que l’Espagne et l’Italie sont en-dessous d’elle en PIB/capita ».

Divers économistes ou grands journalistes ont formulé leur diagnostic sur le mal français : trop de dépenses publiques selon certains, un souci trop poussé de réduction des inégalités pour d’autres, ou, aussi, une fiscalité trop lourde qui a beaucoup grevé la compétitivité des entreprises, ou, encore, un manque d’investissement en R&D, etc. Il faudra déterminer la cause exacte de cette apathie de notre économie. Il y eut, on s’en souvient, les fameux livres de François de Closets : Toujours plus, paru en 1982, puis Plus encore, en 2005, qui incriminaient le comportement des Français : ils sont d’éternels insatisfaits et ils ruinent l’État avec leurs exigences. Et il y eut le fameux livre de Jean-Louis Beffa La France doit choisir, où l’ancien président de Saint-Gobain expliquait que les difficultés de l’économie française provenaient de notre changement de modèle : nous nous sommes développés traditionnellement en France, et notamment après la Seconde Guerre mondiale, avec le modèle colbertiste que Jean-Louis Beffa nomme « commercial-industriel », pour passer, avec notre entrée dans la mondialisation, au modèle anglo-saxon qu’il qualifie de « libéral-financier », un modèle d’économie capitaliste où la concurrence est sévère et où les entreprises sont lancées dans une course effrénée aux profits. Jean-Louis Beffa considère que ce modèle ne convient pas à la sociologie des Français et il recommande d’en revenir rapidement à notre modèle traditionnel où l’État intervient et accompagne les entreprises dans leur développement.

Il y eut – et il faut rendre hommage à leur clairvoyance – tout spécialement deux économistes, Élie Cohen et Christian Saint Etienne, qui mirent l ‘accent l’un et l’autre sur les dangers de la désindustrialisation du pays. En 2008, Christian Saint-Étienne fit paraître chez Fayard La France est-elle en faillite ?, puis il publia ensuite deux ouvrages importants chez Odile Jacob : La France : état d’urgence, en 2013, et, en 2016, Relever la France. De son côté, Élie Cohen avait publié en 2014 Le Décrochage industriel. Ces auteurs mirent en avant le problème de notre désindustrialisation, problème qui est vraisemblablement au cœur même de toutes les difficultés que rencontre notre économie depuis la fin des Trente Glorieuses : faible croissance, un chômage considérablement plus important que partout ailleurs, une balance commerciale déficitaire chaque année, des prélèvements obligatoires qui sont les plus élevés de tous les pays de l’OCDE, et un État qui n’arrive pas à équilibrer ses budgets depuis 1975, ce qui l’a conduit à recourir, chaque année, à de l’endettement. Mais ils ne furent pas écoutés.

La commission d’enquête devra donc élucider la cause expliquant le manque de dynamisme de notre économie, comprendre pourquoi les meilleurs analystes de notre économie n’ont pas diagnostiqué les causes réelles du mal qui a affecté notre machine économique, et expliquer pourquoi les experts, à divers niveaux, qui ont tiré la sonnette d’alarme n’ont pas été écoutés. Il y a manifestement à donner un sérieux coup de balai dans les rouages de l’État.

 

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4 commentaires

Anonyme mai 26, 2023 - 10:39 am

Pour la création d’une Commission parlementaire visant à établir les raisons du déclin économique de la France
je ne suis pas sûr que cette commission ait une envie folle de se flageller !

Répondre
zelectron mai 26, 2023 - 10:50 am

Pour la création d’une Commission parlementaire visant à établir les raisons du déclin économique de la France
je doute que les parlementaires aient une folle envie de se flageller . . . .

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Laurent Guyot-Sionnest mai 26, 2023 - 10:51 am

Joli travail de préenquête
Joli travail de préenquête.
Le problème de la France est de ne pas savoir, depuis l’arrivée des boomers… en 1964 , créer suffisamment d’emplois pour les arrivées nettes sur le marché du travail : avec des cohortes de 800 000 contre 600 000 avant , plus l’arrivée des femmes ayant moins d’enfants que leurs mères au foyer et faiant des études, il nous manque bon an mal an , 200 000 emplois par an depuis cette époque soit … 5 à 6 millions d’emplois réels productifs . Un tel blocage de la création d’emplois, que l’on n’observe pas dans les pays voisins, est forcément une impuissance collective qui doit venir de loin dans les comportements et croyances . Mon hypothèse est que la France a stoppé la croissance de la population en age de travailler très tôt au 19ème siècle, au contraire de nos voisins et super example le Japon qui en un siècle a fait passer sa population active de 20 millions comme la France à plus de 65 millions (redescendue depuis). Les solutions doivent être réalistes face à de tels blocages collectifs partagés dans des interactions stérilisantes.

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Laurent Guyot-Sionnest mai 31, 2023 - 9:19 am

Les arroseurs seront ils arrosés?
Pourquoi les dirigeants, qui sont pourtant intelligents, avertis et formés, reproduisent-ils les mêmes erreurs de politique économique ? Comment faire pour les éviter ?

https://www.fayard.fr/documents-temoignages/qui-la-faute-9782213701691

Pisani-Ferry et Selma Mhfouz avaient écrit un livre sur les erreurséconomiques qui pourra intéresser la future commission ?

Mais leur dernier rapport , https://www.vie-publique.fr/rapport/289488-incidences-economiques-de-l-action-pour-le-climat-rapport-pisani-ferry , qui propose de dépenser 66 milliards par an pour faire plaisir à la commission européenne et à son plan vert, sans indiquer les gains pour la France et les Français, ni même sur le climat, est potentiellement un bon exemple d’erreur économique dont la cause est politique.
https://www.strategie.gouv.fr/publications/incidences-economiques-de-laction-climat

La France émet 1% du CO2 mondial et les 2/3 du monde augmente ses émissions de plus de 1% par an et nous Français nous devrions nous tirer des balles dans le pied et faire souffrir nos populations?

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