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Le combat contre les riches

par Claude Sicard
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« Comprendre comment notre économie s’est désintégrée »

Notre économie est à bout de souffle  et il faut comprendre pourquoi.  Elle est déprimée, apathique, avec un taux de croissance extrêmement faible, des dépenses publiques considérables, des prélèvements obligatoires bien plus élevés que partout  ailleurs, et une dette publique qui ne cesse d’augmenter.

Il va falloir, pour la redresser, tenter de bien comprendre d’où vient le mal, et il est ancien: il faut rappeler, en effet, qu’avant que nous n’entrions dans la zone euro nous étions  un pays qui pour dynamiser son économie procédait régulièrement à des dévaluations de sa monnaie, et il y en eut une vingtaine au total, la première remontant à l’année  1928 où la valeur  du franc fut divisée par 5 ! (le franc Poincaré) .

Pour bien comprendre le  problème, il faut s’en référer à la définition de l’économie  donnée par l’économiste canadien  Jim Stanford, l’un des plus connus du Canada, qui nous dit : « L’économie est le fruit du rapport entre les gens ».

Effectivement,  si l’on y réfléchit bien, tout vient de là, et il  faut pour le comprendre remonter à la Révolution de 1789 : depuis lors, on voit qu’il y a une partie de la France qui s’oppose à une autre, avec une troisième qui ne cesse d’osciller entre les deux.

On a, en effet, une partie des Français qui, pour devenir riches, estiment qu’il faut travailler et prendre des risques, et on les appelle des « libéraux ». A l’opposé, une autre, constituée de personnes qui, pour être riches, estiment qu’il faut dépouiller les riches et les obliger à partager leur richesse avec les autres  citoyens, et on les appelle des « socialistes » ou, encore, des «  communistes ».

Et, entre les deux, et c’est la majorité, des gens qui sont indécis, s’inclinant tantôt vers la  première catégorie, tantôt vers la  seconde : ils ont été représentés brillamment sous la IIIe République par des figures comme Edouard Herriot qui était un Radical. Et quand les gens du centre s’inclinent par trop vers la gauche on a des dégâts importants en matière économique, et c’est ce qui s’est produit en 1936 où il y a eu une alliance entre les radicaux, les socialistes, et les  communistes.

Les membres de la catégorie déterminée à combattre les riches sont en permanence en action. Il faut bien voir qu’il y a un continuum  allant des « sans-culottes » déclarant, en 1789,  « Il ne faut pas hésiter d’encourager la haine des riches, c’est-à-dire des méchants : il faut tout sacrifier au bonheur du peuple », à François Mitterrand , en 1981, avec son fameux « Programme Commun de la Gauche » et les communistes à sa suite, en passant par la « Commune de Paris » en 1871, la « Charte d’Amiens » en 1906, le « Front Populaire » en 1936, et le Programme du « Conseil National de la Résistance », élaboré sous l’égide de la CGT pendant l’occupation et appliqué tel quel en 1945.

Et nous avons, aujourd’hui, Jean-Luc Mélenchon qui est à la manœuvre avec son parti « Les Insoumis » et le mouvement qu’il anime intitulé, comme par hasard, « Le Nouveau Front Populaire » (NFP) : il se pose en vrai révolutionnaire. Il est, en  somme, notre nouveau Robespierre,  menant  à son tour un combat contre les riches. On l’a vu, par exemple, déclarer dans un meeting à Angers : « Il est immoral d’être milliardaire : tout ce qui va aux plus riches a été retiré à ceux qui produisent ».

On lutte donc, en France, en permanence, depuis 1789, c’est-à-dire depuis plus de deux siècles, contre les riches, et ce combat contre les  classes possédantes est glorifié en permanence par l’école de la République qui loue la conduite des révolutionnaires et la donne en exemple.

Ce furent, à chaque fois, des tentatives pour changer la société au profit des classes laborieuses : on n’y parvient pas, mais l’on recommence,  obstinément, dès qu’une occasion se présente, et il s’en est fallu de très peu en 1945, au lendemain de la dernière guerre !

Il s’agit, toujours, rien de moins, que d’accaparer les outils de production détenus par des entités privées pour les transférer à la collectivité. En 1936, il y eut diverses nationalisations (des usines d‘armement, les chemins de fer, la Banque de France) ; puis, en 1945, un nombre considérable, dont,  cette fois, même les banques et les compagnies d’assurance ; et, en 1981, avec François Mitterrand,  à nouveau, de très nombreuses nationalisations. Ensuite, les gouvernements  suivants dénationalisent ce qui avait été nationalisé, aussi bien les banques que les usines.

Il faut bien voir qu’en 1906, avec la Charte d’Amiens, le syndicalisme français s’est installé dans un statut révolutionnaire en se fixant pour objectif ce que le marxisme appelle « l’expropriation capitaliste ». Et, depuis, la lutte contre les patrons est un exercice permanent, en France, alors que dans les autres pays européens le syndicalisme a été simplement transformateur ; en conséquence, l’économie de ces pays s’en trouve considérablement plus prospère que la notre, comme c’est le cas des pays scandinaves, de la Suisse, et de l’Allemagne.

Dans la Confédération Helvétique, un accord a été conclu, en 1937, entre les syndicats et le patronat qui s’est appelé « La Paix dans le travail » et il n’y a presque plus jamais  de grèves dans ce pays.En Allemagne, on en est venu au système de la cogestion dans les entreprises.  

En France, à l’occasion de chacune de ces luttes menées contre le patronat, des  avantages plus ou moins importants sont obtenus par les classes laborieuses, que l’on nomme  « des acquis sociaux », et les députés les installent durablement dans la législation. Il y a eu ceux de 1936, qui sont bien  connus, puis toute une série d’autres conquêtes. La troisième semaine de congés en 1956, puis une quatrième en 1969, et même une  cinquième en 1982 avec, en plus, la semaine ramenée à 39 heures et la retraite à 60 ans sous la mandature de François Mitterrand, en 1983 .

Pour couronner le tout, il y a eu les fameuses 35 heures de Martine Aubry, en 1998, sous un gouvernement Jospin. On se souvient qu’Alfred Sauvy a déclaré, en 1984 : « Le passage aux 40 heures, en 1936, a été la décision la plus  dommageable depuis la révocation de l’Édit de Nantes : une erreur si immense que nous n’osons pas encore la reconnaître tant il est malséant de s‘en prendre à un progrès social ».

Les acquis sociaux ont revêtu diverses formes : des réductions de plus en plus importantes des temps de travail, une législation  du travail de plus en plus favorable  aux salariés, et un alourdissement  continuel des comptes sociaux de la nation.

On en est arrivé, ainsi, à avoir un climat général de moins en moins favorable, dans notre pays, à l’épanouissement des entreprises, et l’on voit que la France est très mal placée dans les classements tant de l’IMD que de la BIRD qui rangent par ordre  décroissant les pays  selon le climat qui y règne pour le développement des entreprises.

Dans le dernier rapport de l’IMD (International Management Development Institute), à Lausanne, le fameux « World Competitivness Yearbook », notre pays vient en 31e position seulement, et dans le dernier « Doing Business » de la Banque Mondiale il se trouve en 32e position.

Nos entreprises sont devenues de moins en moins compétitives, et l’économie du pays s’en est trouvée de plus en plus affaiblie. On constate, ainsi, que la productivité de notre économie s’est considérablement dégradée avec une France qui est maintenant, avec la Grèce, le pays le plus désindustrialisé d’Europe.

Et pour pallier l’appauvrissement du pays les pouvoirs publics en sont venus à accroître, de plus en plus, leurs dépenses publiques, et notamment sociales. Et c’est ainsi  que le budget de la nation est régulièrement déficitaire, depuis cinquante ans, l’État devant recourir chaque  année à la dette pour le boucler, en sorte que celle-ci n’a pas cessé de croître et notre pays est ainsi, aujourd’hui, l’un des plus endettés d’Europe.

Par une approche économétrique on peut estimer que le niveau de vie des Français est 17,6 % supérieur à celui que l’économie du pays est capable de fournir, et ce résultat est obtenu par les dépenses  publiques, et notamment  sociales, extrêmement importantes qui sont effectuées chaque année.

Compte tenu de l’état d’endettement du pays, il va s’agir, maintenant, de redresser la situation. La dynamisation de l’économie, premier volet d’un plan d’action, suppose, avant tout, que l’on puisse mettre fin à cette vieille tradition de lutte contre les riches qui s’est installée dans la sociologie du peuple français.

Si aucun dirigeant du pays ne peut y parvenir, comme cela est probable,  il va falloir alors s’attaquer très sérieusement aux dépenses publiques, ce qui va provoquer, inévitablement, une baisse du niveau de vie des Français.

On doit craindre que, dans l’alternative face à laquelle nous nous trouvons, ce soit la seconde solution vers laquelle le pays va s’acheminer, vue sa sociologie.

Il faudrait, en effet, que le nouveau Président qui sera élu en 2027 ait la capacité de rassembler une vraie majorité de Français  pour les unir dans un même effort pour redresser le pays.

C’est ce qu’était parvenu à faire le général de Gaulle, au lendemain de la dernière guerre, et l’on a eu, ainsi, les fameuses « Trente glorieuses ». On ne voit pas, malheureusement, pour l’instant, d’homme, ou femme, providentiel pointer à l’horizon.

L’économie est une affaire de sociologie, nous a dit Jim Stanford, et l’état de notre économie résulte, en conséquence, de la façon dont les Français ont construit leur destin.

Il faudrait donc que les Français acceptent de voir des riches  figurer dans le paysage: ils sont utiles à l’économie de leur pays. Bernard Arnault, le milliardaire français le plus connu, est devenu riche en faisant de la France le numéro un mondial du luxe.

Elon  Musk, l’homme le plus  riche de la planète, a répondu à une journaliste qui l’interrogeait pour savoir comment il avait fait fortune : «  Pour moi, il ne s’agissait jamais d’argent, mais de résoudre des problèmes pour l’avenir de l’humanité ».

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2 commentaires

Fleury mars 28, 2026 - 9:04 am

Dans la perspective dressée par l’auteur, l’éducation économique insuffisante amplifie les réflexes politiques anciens. Rappelons toutefois que la France n’est pas le seul pays où les débats sur les inégalités sont vifs. Les critiques envers les riches ne sont pas uniquement idéologiques elles peuvent aussi refléter des préoccupations légitimes sur la mobilité sociale la fiscalité ou la concentration du capital.
Mais en France la faiblesse de l’éducation économique contribue à des débats publics lunaires.

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Fiot Philippe mars 28, 2026 - 9:19 am

Excellent ! et malheureusement tout-à-fait excat…

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