Notre ministre de l’Intérieur, en visite à la Grande Mosquée de Paris, à l’occasion de la fin du ramadan, a tenu à déclarer que l’islam est tout à fait compatible avec la République. Et, de son coté, Grande Mosquée de Paris a publié un guide de 900 pages pour aider nos musulmans à concilier foi et République : c’est une louable initiative, et il faut vivement féliciter le recteur Chems-Eddine Hafiz pour cette courageuse démarche.
De part et d’autre chacun prend donc de hardies initiatives pour aider nos musulmans à s’intégrer harmonieusement dans notre société. Il faut donc tenter de faire le point sur cette compatibilité de l’islam avec les valeurs sur lesquelles se trouve fondée notre société.
Le guide que vient de publier le recteur de la Mosquée de Paris s’adresse à la fois aux musulmans, pour les amener à pratiquer un islam moins rigoriste, et aux non -musulmans pour qu’ils cessent de voir l’islam comme une doctrine de nature à troubler le bon fonctionnement de notre société.
Le recteur de la mosquée de Paris, en publiant ce guide, s’attelle à une tâche extrêmement ardue, car donner du livre saint de l’islam une vision rendant le message islamique acceptable par les membres des sociétés occidentales est une entreprise extrêmement délicate, et cette démarche est d’autant plus difficile qu’il n’existe aucune autorité dans l’islam habilitée à dire comment il faut comprendre la parole de Dieu.
Le Recteur de la Mosquée de Paris s’y risque donc, avec le groupe de travail qu’il a constitué. Il est, lui-même, des deux cultures, et il exerce avec talent, en France, depuis des années, le métier d’avocat ; et l’on sait qu’il s’est déjà manifesté dans des combats visant à inscrire d’une manière pacifique l’islam dans notre société. ll a publié, en 2001, « Le manifeste contre le terrorisme islamique », il a rendu visite au Pape François à Rome, et a participé, le 7 décembre 2024, à la cérémonie de réouverture de Notre Dame de Paris. Aussi, notre Président Emmanuel Macron, pour reconnaître ses mérites, l’a-t-il promu, le 14 juillet 2022,« officier de la Légion d’honneur ».
Ce guide qui vient d’être publié est donc d’une extrême hardiesse : il va très loin dans la façon dont il présente l’islam, disant, par exemple, que « djihad » signifie « effort » et non pas « combat »,que l’antisémitisme est contraire aux principes de l’islam, et que le port du voile n’est pas une prescription coranique, ce qui ne justifie pas, toutefois, dit-il, qu’on tente de l’interdire.
Il faut donc rappeler succinctement ce que nous dit le Coran, et nous nous en référerons à cet ouvrage très précieux intitulé « Les grands thèmes du Coran », publié en 2003 aux Editions Dervy, et préfacé par le précédent recteur de la mosquée de Paris, le docteur Dalil Boubaker. Cet ouvrage qui classe les sourates par thème permet de rendre la lecture du Livre saint de l’islam tout à fait compréhensible. Nous rappellerons, ainsi, ce que dit le Coran sur un certain nombre de sujets qui font débat dans notre société.
Le vrai message de Dieu :
Le Prophète Mahomet a expliqué que Moise et Jésus, ont bien été des prophètes, c’est à dire des hommes inspirés par Dieu, mais qu’ils ont mal interprété le message divin. C’est finalement Mahomet qui a eu l’insigne privilège d’avoir directement, par l’entremise de l’ange Gabriel, le vrai message du Très Haut, en sorte que juifs et chrétiens doivent s’y rallier.
On se souvient que lorsque le Pape Jean-Paul II s’est rendu au Maroc, en 1985, il avait déclaré aux 80.000 jeunes musulmans qui étaient venus l’écouter que nous avons le même Dieu : mais nous varions beaucoup sur le message qu’il a délivré.
Le caractère expansionniste de l’islam :
La vocation de l’islam est, par définition, universelle, et plusieurs sourates du Coran intiment l’ordre aux croyants de se battre pour qu’advienne sur notre terre le règne de Dieu (la « djâhada »).
Ainsi, par exemple, une sourate dit : « Combattez de vos biens et de vos personnes dans le chemin de Dieu. Ce sera plus avantageux pour vous, si vous le comprenez » (9,41).Et il n’est pas exclu que ces combats puissent être violents, un verset disant : « Lorsque vous rencontrez les incrédules au combat, frappez les au cou » (47,4). Et dans le cas où il y aurait mort d’homme, un autre verset innocente les auteurs, disant : « Ce n’est pas vous qui les avez tués, c’est Dieu » (8,17-18).
Inégalités chrétiens-musulmans
Les chrétiens, et les juifs, qui veulent persister dans leur erreur en ne se convertissant pas à l’islam, seront admis dans une société musulmane mais on les considérera comme des citoyens de second rang (des « dhimmis »). Ils seront autorisés à exercer leur culte, mais à la condition que ce soit discrètement. Ils ne pourront pas accéder à des postes de responsabilité, et devront s’acquitter d’une fiscalité très lourde : la jizya,et le kharâj, deux impôts spécifiques conçus pour les inciter à ne pas rester indéfiniment dans l’erreur. Et plusieurs versets précisent les relations avec ces « falsificateurs ».On a, par exemple : « Ô croyants, ne prenez point pour amis les juifs et les chrétiens » (5,51).
Inégalité homme-femme :
Un musulman, selon la loi coranique, peut épouser jusqu’à quatre femmes. Et il est dit : « Les hommes ont autorité sur les femmes à cause des qualités par lesquelles Dieu les a élevés au dessus d’elles » (4,34) ; et, plus loin, dans le même verset : « Réprimandez celles dont vous craignez la désobéissance, reléguez les dans des lits à part, battez-les ».Et, en matière d’héritage, la part d’un garçon est double de celle d‘une fille.
Les juifs dans l’islam :
Le Coran consacre plusieurs versets aux relations avec les juifs, avec, par exemple : « Par ce qu’ils pratiquent l’usure qui leur a été défendue…. nous avons préparé à ces impies un douloureux châtiment » (62,8). Ou, encore : « Ils répandent la corruption sur la terre……Qu’ils soient maudits pour prix de leur blasphème » (5,64).
Et dans la biographie du Prophète Mahomet on apprend qu’il expulsa de Médine deux des trois tributs juives qui y étaient installées, et il fit décapiter, un peu plus tard, tous les hommes de la troisième, celle des Banû Qouraydah, au prétexte qu’ils avaient porté assistance aux Mecquois qui étaient venus assiéger la ville. Et l’on sait que le Prophète, dans l’islam, est le « bel exemple ».
Le port du voile par les musulmanes :
Le port du voile, pour les femmes, n’est pas une prescription coranique, mais il résulte des hadiths, c’est-à-dire les textes qui relatent la façon dont le Prophète agissait dans la vie de tous les jours. Il avait prescrit à ses femmes de sortir voilées et toujours accompagnées d’un membre masculin de la famille, ceci afin de ne pas susciter la convoitise de personnes de sexe masculin qui pourraient en venir à les agresser : c’était un risque qui existait, effectivement, dans la société médiévale, en Arabie, à cette époque.
Dans l’islam, les croyants les plus pieux imitent fidèlement, encore aujourd’hui, le Prophète dans ses faits et gestes quotidiens : port de la barbe, façon de se vêtir, manière d’aller aux toilettes, etc….Et les hadiths, avec le Coran, constituent le socle théologique et législatif de la charia, la loi musulmane.
Avec ces quelques rappels succincts de ce que dit le Coran, on voit avec quelle hardiesse opère le guide que vient de produire la Mosquée de Paris, et combien sont discutables les propos tenus par notre Ministre de l’Intérieur.
On se souvient des tensions extrêmes qui ont agité, en 2021, l’ancien Conseil Français du Culte Musulman, le CFCM, lorsque notre gouvernement voulut que tous les imams, en France, s’engagent à respecter dans leurs prêches les principes républicains. Le CFCM a ainsi fini par éclater, et l’on n’a plus jamais entendu parler de la « Charte des valeurs républicaines ».
Ce sont les fédérations turques, proches des Frères Musulmans, qui ont fait capoter le CFCM, et elles ne vont sans doute pas manquer de marquer leur profond désaccord avec l’initiative que vient de prendre le Recteur de la Mosquée de Paris.
Claude Sicard, auteur de « Le Face à face Islam- chrétienté », et « L’islam au risque de la démocratie » (Ed.F.X de Guibert)
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