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Quand l’Europe et la France se réveilleront …

par Yves Buchsenschutz
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Quand l'Europe et la France se réveilleront ...

On entend beaucoup parler, ces derniers temps, du concept de préférence européenne. 

Madame van der Leyen elle-même, semble s’interroger, sinon déjà être convaincue,  de l’abîme industriel, vers lequel non seulement la France mais également maintenant d’autres pays européens comme l’Allemagne, semblent se précipiter sous les coups de boutoir économiques de la Chine et des États-Unis et militaires de la Russie.

À ce propos un petit détour par quelques grands équilibres peut paraître intéressant :

11 02 26 PUISSANCE MONDIALE

PAYS


ESPACE
(Mds de Km²)
POPULATION
(Millions d’H)

PIB TOT 2023 PPA $
(Milliards $/an)
PIB/HAB 24
(Milliers $/an)
BUDGET Def 24
(Milliards $/an)
DEP Def/PIB
(TOTAL calcul)
DEP Def/PIB
(SIPRI 24)
USA9,8 Mds34027 70085,89973,60%3,40%
CHINE9,6 Mds140034 70027,13140,90%1,70%
INDE3,6 Mds140014 60011,2900,60%2,30%
RUSSIE17,1 Mds1456 50047,41492,30%7,10%
Ex Urss22,4 Mds290n-dn-dn-dn-dn-d
EUROPE 274,5 Mds45026 40063,63001,11%1,14%
France 0,7 Mds684 00063,6651,63%2,10%
Ukraine0,6 Mds<> 3962018,66510,48%34%
sourcesWIKIPEDIAWKWKBanqueMWKBanqueMSIPRIcalculSIPRI

– En terme d’espace, l’Europe a une position moyenne mais de bonne qualité (peu ou pas de zones désertiques et climat tempéré). Mais c’est évidemment moins favorable pour les ressources minières que le pays géant qu’est encore la Russie. 

– En termes de population et mis à part les deux pays continent du monde (Chine et Inde), l’Europe prise dans son ensemble est un conglomérat de pays tout à fait significatif, plus important que les États-Unis, ceci même si on le limite aux 27 et qui pourrait probablement croître encore en « coagulant » quelques autres pays dont déjà la Grande-Bretagne qui en a fait partie avant le Brexit. Cette donnée est importante car elle commande quelque part la dimension du marché « intérieur ». Handicap majeur : les différentes langues.

Constat : une histoire commune, donc des cultures proches mais aussi des conflits. A noter que la Suisse vit très bien avec plusieurs langues. L’Europe est nettement plus peuplée que les USA et représente 3 fois la Russie !

En terme de PIB global, derrière désormais la Chine, l’Europe des 27 fait quasiment jeu égal avec les USA et pèse 4 à 5 fois plus que la Russie (à ce propos on doit signaler que l’ensemble des données concernant la Chine et la Russie ne sont pas toujours très solides. Les ordres de grandeur au moins restent cohérents).

On doit tout de même compléter par 2 considérations : les USA ont un PIB par habitant nettement supérieur à l’Europe et plus du double de la Russie. Ils ont un taux de croissance relativement  élevé et une industrie « plus moderne » que celle de la vieille Europe (Les GAFA par exemple)

En terme de budget de défense, ceux-ci sont suivis par le SIPRI (organisme spécialisé) et la cohérence des chiffres est moins solide encore. Les budgets par pays sont à peu près connus mais le poids est souvent différent entre calcul et SIPRI. On peut tout de même en tirer que les USA ont le plus gros budget (<> 1 000 Mds de $) de l’ordre de 3 % du PIB, la Chine et l’Europe à égalité autour de 300 Mds de $, la Russie autour de 150 ( ?) représentants un bon 2 % du PIB. Aucune indication sur l’incidence de la guerre en Ukraine qui en a pourtant une sur le budget de l’Ukraine !

On peut observer par ailleurs que la France et l’Europe sont aujourd’hui coincés sur le plan économique entre la nouvelle politique protectionniste des USA et la Chine, « usine du monde » par les coûts. Elle est également bâillonnée sur le plan politique par les USA omnipotents et la Russie qui abuse plutôt d’une prééminence, en particulier militaire, probablement un peu obsolète et du mythe de la reconstitution de l’ex empire de l’URSS. À ce propos il est d’ailleurs surprenant de voir combien le comportement, le discours, l’assurance peuvent largement rebattre des cartes.

Mais le vrai constat de cette rapide analyse c’est que l’Europe est pour finir dans une situation potentielle de départ bien meilleure que celle qu’on pourrait imaginer. 

Elle s’est par contre manifestement endormie sur l’oreiller américain et les disputailleries intestines, et se laisse manipuler par des orateurs talentueux et décidés sur le plan politique et est de plus coincée aujourd’hui entre le nouveau protectionnisme américain et l’hypercompétitivité industrielle de la Chine.

À date l’Europe (et la France ) doivent choisir : si elle veut continuer à parler dans la cour des grands :

  1.  Elle doit s’unifier beaucoup plus étroitement qu’elle ne l’est aujourd’hui – peut-être en se décalquant sur l’organisation des États-Unis d’Amérique ou les responsabilités des états et de l’Union sont organisés différemment, ou de la Suisse. 
  2. Elle doit créer un vrai marché unique (aux États-Unis un produit commercialisable dans l’État A, l’est automatiquement dans l’état B. Nous en sommes encore loin : globalement toute décision prise à Bruxelles doit être a minima entérinée par les pays membres qui de plus peuvent la compléter donc complexifier et freiner la fluidité du système …
  3. Elle doit gérer ses frontières en particulier douanières de manière homogène même s’il pourrait être de bonne politique de passer des accords avec des groupements d’autres pays (confère le modèle Mercosur). 
  4. Elle a déjà sa monnaie, elle doit avoir sa défense.
  5. Elle doit résoudre le problème du poids relatif des pays : trouver un maille moyennée acceptable, soit par agrégation de petits pays ou par éclatement de trop gros … 

La volonté de puissance n’est pas forcément une fin en soi mais nous sommes bien obligés de constater qu’aujourd’hui l’Europe, qui a assez largement les moyens (espace ,population, éducation PIB, budget de défense etc.) est incapable de les mettre en valeur. 

Un espoir peut-venir du relatif succès de l’euro qui semble pour finir une monnaie plus fiable et solide que le dollar mais qui a beaucoup de chemin à faire avant d’en récupérer tous les avantages. 

Entre le rapport Draghi et les déclarations récentes de Madame van der Leyen sur un renforcement et un approfondissement d’un marché unifié et assumer une préférence européenne, il doit pouvoir exister une voie qui soit le redéploiement de l’Europe à l’opposé d’un super état tatillon, devenu bouc émissaire. Encore faut-il le vouloir et le construire.

PS : Nous ne pouvons éviter, dans nos têtes, de remettre à leur juste place les nouvelles puissances de la Chine, de l’Inde, de la Russie, voire dans certaines situations (la désindustrialisation « à la chinoise « ) des USA..

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