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Comment les pays occidentaux ont perdu la guerre économique au XXe siècle

par Claude Sicard
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Un livre important vient de paraître, que son auteur a intitulé « La guerre économique au XXIè siècle » .Il a pour auteur Christian Harbulot, qui a fondé à Paris « L’École de Guerre Économique » (EGE). Ce spécialiste de l’intelligence économique veut nous apprendre à penser autrement.

Il nous dit que le concept de « guerre économique » est tout récent, et qu’il serait temps que nous comprenions qu’il peut exister des guerres menées autrement que par des armées qui s’affrontent sur le terrain, précisément des « guerres économiques » qui se mènent, elles, par les moyens les plus divers : espionnage, sanctions économiques, diffusion de fausses informations sur les réseaux sociaux, actions de subversion ou d’intoxication, etc…

Et il nous engage donc à nous organiser, sinon pour mener nous même une quelconque guerre économique, du moins pour nous défendre contre celles que d’autres pays nous mènent.

Le concept de « guerre économique» est donc un concept nouveau, nous dit Christian Harbulot, et l’on peut s’étonner de cette affirmation. Mais il a sans doute raison. Ainsi s’aperçoit-on, par exemple, avec cet éclairage, que les Occidentaux ont organisé, au lendemain de la dernière guerre mondiale dont ils avaient été les grands vainqueurs, le fonctionnement de la planète en ignorant complètement ce concept. Et ils le payent cher aujourd’hui.

La Chine est devenue une puissance économique considérable, capable de rivaliser avec les États-Unis sur tous les plans, y compris sur le plan militaire, et les dirigeants américains s’en inquiètent maintenant profondément. Et l’on voit que l’ancien monde des « pays en voie de développement » se coalise, à présent, contre les pays occidentaux, comme pour prendre sa revanche : on les appelle à présent d’un nouveau nom :   les « pays du Sud Global ».

Les Occidentaux qui avaient toutes les cartes en mains ont, après les bouleversements profonds qu’avait entraîné la seconde guerre mondiale, qui a été planétaire, organisé le fonctionnement du monde selon deux credo :

  • Le développement de l’économie induit la démocratie ;
  • La démocratie induit la paix.

Les credo des Occidentaux :

Les Occidentaux ont eu pour idéologie le libéralisme économique, et ils ont voulu organiser la vie de la planète en se fondant sur leur foi dans le libéralisme.

La foi en la démocratie :

Avec l’effondrement de l’Union soviétique, en 1989,  les Occidentaux ont  vu dans le consensus croissant autour des droits de l’homme, de la démocratie, et de l’économie libérale, une homogénéisation croissante de toutes les sociétés humaines .

Et ce fut aux États-Unis qu’a été formulée cette thèse d’une manière précise avec les travaux  du chercheur Francis Fukuyama qui publia, en 1992, son fameux ouvrage « La fin de l’Histoire et le Dernier Homme », un livre qui a été un best-seller mondial. L’auteur a avancé la thèse selon laquelle tous les pays finiraient par en venir à une économie libérale et à adopter, comme régime politique, la démocratie. Il a voulu démontrer qu’il y avait une connexion indéniable entre économie de marché et démocratie, et que les pays en venant tous à se doter de régimes démocratiques, il y aurait la paix dans le monde.

Le lien entre paix et démocratie est ancien : on considère que des dirigeants élus démocratiquement adoptent toujours des attitudes pacifiques dans leurs rapports avec les autres États.

La conviction que l’économie libérale conduit à la démocratie

Dès la fin de la dernière guerre les Occidentaux ont voulu organiser le commerce mondial pour le faire évoluer vers un accroissement continuel des échanges commerciaux entre les pays du globe.

Il y eut la création du GATT, en 1947, avec 23 participants, et l’on en est venu à  l’Organisation Mondiale du Commerce (OMC), en 1995, une organisation internationale qui comporte 166 membres, à présent, et qui veut que lorsqu’un État  accorde une concession tarifaire à un autre État, il l’applique à tous les  États membres.

La Chine, après de longues négociations, est entrée elle aussi dans l’OMC, en 2001, et elle est devenue en très peu d’années l’ « usine du monde » : jamais aucun pays n’a connu une telle croissance économique en deux décennies ! La Chine a bien vu tout le profit qu’elle allait pouvoir tirer de la façon dont les Occidentaux organisaient le fonctionnement de la planète et elle est devenue maintenant un pays qui rivalise avec les États-Unis d’Amérique.

Mais elle n’a pas accédé, pour autant, à la démocratie : il s’est mis en place dans ce pays une « économie socialiste de marché » et le pays est toujours sous la coupe du parti communiste chinois qui combine capitalisme et contrôle politique de la société. Le pays est extrêmement prospère, sa croissance annuelle a été de 9,8 % en moyenne ces 25 dernières années, et la Chine est devenue la rivale des États-Unis, aux plans économique, scientifique, et militaire. En somme, c’est le libéralisme économique des Américains qui a fait la Chine d’aujourd’hui.

Un monde devenu multipolaire :

Le monde de la mondialisation a changé : au lieu de la  mondialisation heureuse qui était annoncée, on a vu se constituer un monde multipolaire. On  a constaté finalement que les liens tissés par le commerce et la division internationale du travail ne conduisaient pas nécessairement à la paix dans le monde.

Le monde s’est structuré, à présent, en plusieurs blocs, et l’on voit que se développent de plus en plus des échanges entre pays se considérant comme relevant du même bloc, ce que Christine Lagarde, la Présidente de la BCE, appelle du « friend-shoring ».

Ainsi a-t-on vu Moscou se rapprocher de Pékin et les anciens pays qui avaient été colonisés par des pays occidentaux manifester ouvertement leurs ressentiments à l’égard du monde occidental.

La guerre économique est un mode de domination polysémique qui évite de recourir à la puissance militaire pour imposer sa suprématie. Elle peut aller du contrôle de l’information, à différents niveaux, au contrôle des ressources stratégiques (par exemple le contrôle des terres rares), en passant par l’espionnage économique.

Les Occidentaux, en organisant, après la seconde guerre mondiale, le fonctionnement de la planète, se sont fondés sur leur idéologie libérale.

On se souvient que Jean-François Revel nous avait dit : « L’idéologie, c’est ce qui pense à votre place ».  Quand on défend une idéologie, on ne raisonne plus objectivement. Et l’on voit aujourd’hui ce qu’il est advenu  de la Chine. Au dernier forum économique d’Aix en Provence, les économistes ont conclu que l’apparition d’une économie à l’occidentale en Chine était très improbable. Ils ont expliqué  que la Chine a tracé sa propre voie : elle fait passer le bien être de son peuple avant les droits individuels,  et elle a créé une société d’avant-garde fondée sur la maîtrise de la science et de la technologie, guidée par un parti communiste tout puissant et une forme de capitalisme monopolistique d’État.

Les Occidentaux se sont fait prendre à leur propre piège, et, au dernier Forum de Davos, on a vu le Président chinois Xi Jinping défendre le libéralisme économique.

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