Notre société, dont la devise est Liberté Égalité (et Fraternité depuis1848), évolue curieusement vers une nouvelle égalité, laquelle devient progressivement alignement ou uniformisation! Pourtant les hommes naissent d’abord libres et égaux en droit. Le concept d’égalité n’arrive qu’après, la fraternité attendant 1848. Mais attention il s’agit d’abord de l’égalité des droits politiques laquelle, complétée par la fraternité, glissera entre les deux guerres vers l’égalité sociale.
En 1789, nos ancêtres ont d’abord voulu créer une société libre !
Le premier dévoiement est certainement de remplacer l’égalité des moyens par l’égalité des résultats.
Puisque nous sommes égaux et que nous partons de la même base nous devrions arriver au même résultat ? On oublie au passage que la liberté implique des chemins divers qui ne mèneront que rarement au même résultat.
Quel concept doit primer l’autre ? L’égalité des chances ou l’égalité des résultats ?
Il semblerait bien que l’égalité des résultats annihile de facto la liberté de cheminement. Si l’on veut conserver la primauté de la liberté, il faut travailler sur l’égalité des chances et accepter l’inégalité des résultats1
Une méthode trouvée par nos ancêtres fut l’éducation nationale et universelle : cela homogénéisait tout de même beaucoup les chances de départ et, complétée par la méritocratie républicaine, permettait de justifier les écarts à l’arrivée. Il semblait acquis que l’égalité était celle des droits et pas celle des résultats.
La tentative du communisme qui, au moins dans ses grandes lignes assimile égalité des chances et égalité des résultats, a malheureusement fait la preuve récurrente de son échec global. Il n’y a pas de société communiste réellement riche, qui n’aie d’ailleurs au passage bien abîmé la liberté.
Nous français où en sommes-nous ?
- Égalité dans le droit de vote ;
- Égalité relative dans l’éducation au sens acquisition de connaissances ;
- Égalité devant la loi, mais celle-ci devient de plus en plus liberticide : chaque jour voit arriver un nouveau décret ou une nouvelle norme qui s’impose – certes à tout le monde – mais ampute largement la liberté des individus ;
- Égalité devant l’impôt laquelle peut se discuter assez longtemps : devons nous tous payer le même montant, se voir appliquer le même taux, « être juste » au sens social du terme mais qu’est-ce que cela veut dire ?
Il est clair qu’un des moteurs de l’homme est la création de richesses et de bien-être mais que Pierre est parfois plus doué que Paul pour le faire : doivent-ils en profiter également ? Identiquement ? De manière diversifiée ou modulée ? La Constitution prévoit une participation en fonction des capacités mais cela doit-il aller jusqu’au communisme : alignement sur les besoins ? et lesquels ?
L’État au demeurant, représentant officiel de la collectivité, s’arroge chaque jour le droit de rectifier la répartition des fruits des efforts de la liberté des citoyens que ce soit de manière incitative ou punitive.
Chacun d’entre nous dispose d’une force de travail et de création qui, s’il la met en œuvre, aura comme contrepartie une rémunération. Contentons-nous pour le moment de constater que cette rémunération sera plus ou moins proportionnelle à la quantité et la qualité de travail fourni.
Ceci acté, dans un régime de liberté, chacun d’entre nous devrait pouvoir arbitrer l’utilisation de cette rémunération en fonction de ses désirs et de ses besoins lesquels peuvent être très divers.
Au demeurant, il y a très longtemps que constatant la nécessité de faire fonctionner un certain nombre de mécanismes collectifs, la société s’est organisée pour prélever une partie des gains individuels afin de financer les dépenses communes.
Au premier chef, l’État prélevait des impôts sur la consommation (principalement la TVA payée par tous à des niveaux homogènes sinon identiques) ainsi que sur les rémunérations : tantôt de façon quasi uniforme comme pour la CSG ou la CRDS, tantôt de façon progressive comme pour l’IRPP (modulé constitutionnellement en fonction des capacités contributives des citoyens).
Mais il y a un mais : l’État constatait régulièrement l’insuffisance de ses recettes face aux besoins exprimés des populations ! L’État s’aperçut également que l’impôt pouvait être une manière d’orienter les choix individuels, en principe en fonction de l’intérêt de la collectivité, mais aussi de pour des choix purement politiques, voire clientélistes.
On a donc vu fleurir des centaines sinon des milliers d’impôts ou de taxes justifiées par des besoins particuliers ou des soutiens à des politiques considérées comme bénéfiques.
Le résultat est que, muni de taxes et d’impôts, la collectivité s’arrogeait le droit de canaliser mes dépenses en fonction de ses choix :
Je voudrais bien entendu par exemple me loger. On va donc créer une fiscalité locale. Celle-ci reposait pendant longtemps sur une double participation : celle des propriétaires (taxe foncière) et celle des occupants (taxe d’habitation), laquelle correspondait plus particulièrement à l’usage des fournitures de prestations communales.
Avec Monsieur Macron, pour des raisons manifestement électorales, les occupants ne sont plus redevables de la taxe d’habitation et ne participent donc plus aux frais assumés par leur commune. Par contre, les propriétaires de résidences secondaires en sont restés redevables. Conclusion : la collectivité me pénalise fortement (taux majoré en sus) si je choisis (et pourquoi non) de consacrer une part de rémunération à une résidence secondaire (parfois quasiment interdite par les mairies sans parler de la lutte contre AirBnB et consorts)
Je voudrais en parallèle disposer d’un moyen de déplacement : si la voiture que je choisis est électrique, j’aurais un bonus financé par l’État. Si, constatant les difficultés persistantes de recharge, je souhaite conserver un véhicule à essence ou diesel, pas de bonus mais des pénalités, aggravées si mon véhicule est lourd. Je devrais également tenir compte des conditions d’accès et de stationnement dans diverses communes, particulièrement novatrices. Je devrais respecter le code de la route ! Si je choisis un vélo, il semble que ce ne soit pas réellement éxigé !2
Je voudrais jouer à la loterie. Pourquoi pas ? Tiens c’est à peu près le seul endroit libre de fiscalité à tel point qu’ayant gagné on peut encore revendre son ticket à un chercheur de blanchiment fiscal.
Je voudrais partir en vacances (puisque la résidence secondaire est devenue hors de prix). Je vais donc prendre le train : pour le même trajet, selon mon statut je vais payer du simple au triple !
Je voudrais épargner : si je mets mon argent à la caisse d’épargne ou en assurance vie, je serai aidé fiscalement. Si j’ose investir à risque dans des actions, donc dans le financement de notre outil productif, une solution pourrait être le PEA , mais très vite je serai rattrapé par l’IFU ;
Si je choisis d’économiser parce que je voudrais aider mes enfants (ce qui n’est tout de même pas jusqu’à maintenant un crime caractérisé), je vais devoir me contorsionner entre des droits de succession, les dons manuels, les dons d’usage … Pour les successions, je devrais commencer à payer à partir d’un abattement de 100 000 euros, lequel est d’ailleurs confondu avec les limites des dons manuels et ceci à un taux de 15 à 40 %.
Mon appartement est puni si son isolation n’est pas suffisante, ma nourriture honteuse si son Nutriscore est jugé mauvais (en attendant la nouvelle découverte médicale sur l’obésité lesquelles changent comme la mode !).
Nous pourrions sans difficulté allonger cette liste d’alignements égalitaires de comportements citoyens … à l’infini.
La dernière trouvaille du ministère des finances est la déclaration informatisée des dons manuels et des dons d’usage. Les dons manuels (de beaucoup les plus significatifs ) sont contrôlés depuis longtemps et limités, pour faire simple, à 100 000 euros tous les 15 ans3. Les dons d’usage, correspondant à la célébration d’événements particuliers (anniversaire, fête de Noël, réussites diverses …) (les limites en sont moins nettes et ils intègrent des dons plus divers…)
Dans le nouveau décret qui vient de paraître, tous ces dons devront désormais être déclarés informatiquement et l’on peut gager que l’année prochaine la liste des libéralités concernées va se préciser et s’allonger : œuvres d’art collection ? bijoux ? Voiture peut-être ?
Rappelez-vous la CSG : Michel Rocard l’a créé en 1990 au taux de 1,1 % : elle atteint aujourd’hui, pour n’examiner que le cas le plus courant, 9,2 % , dont une partie non déductible de la base IRPP et avant mise à niveau de 2026 !
En dehors du fait que l’État, incapable d’un quelconque effort de réforme, tente par tous les moyens de continuer sa politique d’État Nounou, on constate, logiquement, que la collectivité creuse continûment et soigneusement l’alignement égalitaire des comportements des citoyens, devenus sujets, dont la liberté s’amenuise comme une peau de chagrin, vers sa disparition totale. Les robots arrivent !
Si vous voulez en savoir plus, reportez vous à BERCY – INFO (Particuliers) N°244 du 9 décembre 2025
PS : L’Europe, suivie par la France, s’engage résolument sur la même voie avec les nouvelles obligations de publicisation des salaires : le résultat est connu : la fonction publique ! Vivent l’ancienneté et les syndicats aux manettes des-RH !
- laquelle reste en définitive la clé de la motivation des individus ↩︎
- avez-vous déjà vu un vélo verbalisé ? ↩︎
- Ce genre de plafond, comme celui de l’IFI d’ailleurs, ne sont curieusement jamais réactualisés, quelle que soit l’inflation ! ↩︎
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